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Jennie-Laure Sully : Institut de recherche et d'informations socioéconomiques
Une réflexion s’impose au sujet du prix à payer pour l’actuel modèle de rémunération à l’acte des médecins au Québec. Celui-ci mène à une augmentation insoutenable des coûts du réseau de la santé. À l’heure où la profession médicale se féminise davantage, les femmes médecins font face à des enjeux d’inégalités sociales. Le salariat serait l’alternative à la rémunération à l’acte des médecins. Il s’agit du mode de rémunération de la plupart des travailleuses et travailleurs de la santé. Le salariat permet de délier la rémunération de l’acte médical ou du nombre de patients pris en charge. Dans certains milieux de pratique, comme dans la médecine communautaire, des médecins sont rémunérés à salaire. Le salariat est une forme de rémunération qui favorise les soins intégrés tout en permettant aux médecins de consacrer plus de temps à chacun·e des patient·e·s. En ce sens, le salariat tend à avoir un effet positif sur la qualité des soins. L’ensemble des effets d’un tel changement de rémunération pourrait à long terme contribuer à réduire les inégalités qui affectent les femmes en général mais aussi les femmes médecins de façon spécifique. Alors que la rémunération à l’acte incite les médecins à se réserver la prestation d’actes médicaux, le salariat et une meilleure organisation du travail peuvent au contraire favoriser l’interdisciplinarité. Il s’agit de rompre avec une approche où le travail des soignant·e·s se fait en silo sans égards aux enjeux sociaux et féministes.
Les avancées en faveur de l’égalité ont permis aux femmes de s’insérer dans le marché du travail et de progresser dans certains emplois historiquement masculins. Or, le parcours des femmes dans certains de ces métiers et professions est toujours complexe. Des statistiques montrent les écarts persistant entre les femmes et les hommes. Par exemple, seulement 27 % des effectifs étudiants au baccalauréat en génie civil étaient des femmes entre 1999 et 2005, et celles-ci ne représentaient en 2013-2014 que 13,6 % des membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec (Sévigny et Deschênes, s.d.). Même dans les secteurs marqués par la féminisation de la main-d’œuvre, des écarts sont présents. Alors qu’elles constituent 62 % des étudiants et étudiantes dans les facultés de médecine (Collège des médecins du Québec, 2013), les femmes médecins sont très présentes dans certaines spécialités (52 % en gériatrie, 51 % en pédiatrie et 45 % en dermatologie) mais largement sous-représentées dans d’autres (8 % en chirurgie cardiaque, 10 % en neurochirurgie, 11 % en chirurgie orthopédique et 13 % en urologie).
Les recherches déjà réalisées ciblent certains éléments pour expliquer ces constats. Les femmes se sentent marginalisées et dévaluées comparativement à leurs collègues masculins (Fotaki, 2013). Elles subissent toujours des effets négatifs associés à la maternité et à la conciliation travail-famille (Carvajal et coll., 2012; Evers et Sieverding, 2014; Schroeder et coll., 2013; Sheltzer et Smith, 2014; Van den Brink, 2011). Elles expriment le besoin de mettre en place des politiques et mécanismes de soutien tels que des garderies ou des programmes de mentorat (Muhlenruch et Jochimsen, 2013; Pereira, 2014).
Ce colloque propose de faire le point sur les facteurs liés à la progression et à la rétention des femmes dans des métiers et professions traditionnellement réservés aux hommes au Québec afin de définir les enjeux persistants ainsi que les pratiques porteuses pour les changements organisationnels et sectoriels.
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