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Pierre-Luc Lupien : Cégep de la Gaspésie et des Îles
En dépit de son urbanisation et de son industrialisation, le Québec des années 50 reste encore fortement marqué par « l’idéologie nationaliste ruraliste traditionnelle » (Fortin, 1972). Dans ce contexte, en faisant des caractéristiques sociales du Grand Montréal l’objet de sa thèse doctorale, Norbert Lacoste (1923-2015) concourt à un renversement de perspective par rapport au phénomène urbain. Sa démarche sociologique, inspirée de l’école de Chicago, cherche à comprendre le Québec en considérant sa métropole et non plus uniquement ses villages. Il est proposé dans cette communication de porter une attention particulière à la contribution doctorale de ce pionnier des sciences sociales. Quel est son apport à la constitution de l’objet Québec ? Dans quel contexte social et intellectuel s’inscrit sa contribution ? Que pouvons-nous apprendre sur l’émergence des sciences sociales québécoises en y revenant ? La discussion proposée ici s’appuiera sur les récents travaux consacrés à la genèse de la sociologie québécoise, mais aussi sur un matériel inédit constitué d’entretiens menés avec le sociologue à la fin de sa vie. Il est espéré que ce retour aux origines puisse enrichir notre réflexion commune sur la place accordée à l’heure actuelle à l’objet Québec, cet objet fondateur des sciences sociales québécoises.
Dans un récent article, la sociologue Monique Hirschhorn (2016, p. 288) revient sur la constitution, devenue malaisée, d’une sociologie de la société française, cet « objet encombrant, difficile à saisir et [actuellement] peu valorisé ». Au Québec, Fernand Dumont (1962, p. 278) fut l’un des premiers dans les années 1960 à constituer le Québec comme société globale à partir de « mécanismes par lesquels [elle] a tâché de se donner une représentation d’ensemble ». Dans la foulée, des exercices de synthèse ont aussi été réalisés sur le Canada français et le Québec depuis le collectif Essais sur le Québec contemporain (1953) dirigé par Jean-Charles Falardeau jusqu’à la publication en 1984 de Continuité et rupture. Les sciences sociales, dirigée notamment par Georges-Henri Lévesque, Guy Rocher et Jacques Henripin. Chaque fois, la mise en objet du « Québec » ou de la « société québécoise » soulève divers problèmes; encore aujourd’hui, ses contours ne vont pas de soi. En outre, plus récemment, c’est la pertinence, la visibilité ou la légitimité même de l’objet Québec qui semble mise en cause dans certains secteurs des sciences sociales.
L’objectif de ce colloque n’est pas de ressusciter les exercices de synthèse d’autrefois. Il s’agit plutôt, à titre d’historien et de sociologue, de délimiter un espace de dialogue sur cet objet fortement polysémique, face auquel les chercheurs et chercheures en sciences sociales n’emploient pas un langage commun, et ne l’ont sans doute jamais fait. L’objectif du colloque est donc de se questionner sur la construction de l’objet Québec dans les différentes sciences sociales. Que faut-il entendre par l’objet Québec? Quelles sont les difficultés à constituer le Québec comme société? Quel est l’état de l’enseignement sur le Québec au sein des universités québécoises? Comment se réalise la production de l’objet Québec à partir d’analyse de cas concrets et suivant les différentes disciplines des sciences sociales? Et quels sont les obstacles, mais aussi les incitatifs, à une discussion élargie sur cet objet ? À partir de quels « mécanismes » est-il aujourd’hui possible d’en rendre compte? S’il est désormais admis que le social est localisé, et non pas tant local, comment localiser socialement le « global »?
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