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Vincent Brulois
Tous les ans, nombre d’entreprises lancent leur enquête d’engagement et, toutes affaires cessantes, les communicateurs internes sont sommés d’interroger des salariés, confrontés à des questions de sens. Partant du fait qu’« il faut s’engager pour engager », selon les mots d’un praticien, quelle sorte de professionnel engagé est ce praticien ? Celui-ci ne peut-il exercer son métier sans un investissement personnel fort ? De quoi est alors fait cet engagement ? Dans quelle mesure cet engagement influence-t-il la façon d’exercer son métier ? Telle est l’intrigue proposée. Afin de la résoudre, nous passerons par trois éclairages : sur l’engagement, sur la posture du praticien dans l’organisation, sur la dynamique de sa trajectoire professionnelle. Nous verrons que, engager demande de s’expliquer, d’échanger, de dialoguer, voire de se disputer autour du travail, de son organisation, des relations entre individus. La dimension communicationnelle du travail apparaît ainsi comme une évidence. Le travail du communicateur devrait en être facilité et sa posture légitimée. Mais son travail l’engage professionnellement et personnellement au prix d’un investissement corps et âme de tous les instants. Salarié parmi les autres, il n’exerce pas un métier comme les autres. Du fait de cette singularité, le communicateur doit-il alors accepter d’être différent dans l’entreprise et apprendre à utiliser la force de cette différence ?
La profession de communicateur ou de communicatrice n’est pas un parcours unidirectionnel. Bien que les institutions d’enseignement de même que les associations professionnelles tentent, depuis nombre d’années, d’en baliser les trajectoires (Baillargeon et al., 2013), la complexité et la transdisciplinarité traversant la fonction communication dans les organisations rendent impossible — fort heureusement, pourrait-on dire — de circonscrire les contours de ce qui fait « professionnel » en communication. Journalistes se convertissant aux relations publiques ou devenant producteurs de contenus (Baillargeon et al., 2016; Bernier et al., 2005); mathmen constituant les nouveaux communicateurs à l’aune des données massives (big data) (Couldry et Turow, 2014; Messinger, 2014); responsables des RH endossant la fonction de communicateur interne (Talal, 2013), sans compter les croisements entre politique, marketing et communication (Kugler, 2006; Stenger, 2012) : autant d’indices que cette profession « échappe inévitablement à toute maîtrise systématique » (Champy, 2009, p. 84). Ainsi, l’observation de la polysémie et de l’équivocité des titres d’emploi (David and Motulsky, 2010; de la Broise, 2013), les fréquents amalgames professionnels et bifurcations floutant les frontières, les dynamiques d’entrée et sortie dans la profession, le foisonnement de formations « en communication » au cours de la vie témoignent de cette recherche constante de légitimation. Ce colloque international, organisé par le RESIPROC, propose de mettre en question l’atypie du parcours professionnel en communication de manière à en révéler les enjeux, les impacts sur la pratique de même que les tensions qu’elle engendre chez les praticiens, les associations et les milieux de formation.
Mettant en relation enseignants-chercheurs, étudiants, professionnels et représentants associatifs, ce colloque sera l’occasion de :
– faire un état des lieux sur les différentes formes d’hybridations professionnelles et les enjeux qu’elles supposent en matière de tensions dans les organisations et de limites dans les savoirs communs essentiels à la pratique (Shelby, 1993);
– explorer les rationalités déontologiques, économiques, éthiques, politiques et sociotechniques derrière cette atypie (Coutant et Domenget, 2016; Maas et al., 2017);
– se questionner sur les formes et les orientations des formations, qu’elles soient inscrites au sein des établissements d’enseignement ou non, au regard de cette atypie (de la Broise et Morillon, 2014).
À travers ces thèmes, chercheurs, enseignants et professionnels de l’espace francophone pourront jeter un regard plus avisé sur une profession constamment en quête de légitimation, proposer des pistes de réflexion sur la question de l’adéquation entre l’enseignement et la pratique qui fait récursivement surface (Champy, 2009 ; Lepine et David, 2014; Broyles et Slater, 2014; Neill et Schauster, 2015) tout en soulevant les défis pour les professionnels, novices comme expérimentés, de cette atypie.
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