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Alexandra LAW : Université de Montréal
Les travailleurs(euses) étrangers temporaires (TET) qui arrivent au Canada avec un permis de travail « fermé » vivent avec des restrictions importantes sur leur mobilité dans le marché du travail. Malheureusement, leur première source d’information sur leurs droits (santé et sécurité, normes minimales, permis de travail) est souvent l’entreprise ou l’agence de recrutement qui les engage. L’accès à la justice, en commençant par le bris de l’isolement, passant par l’information et les services juridiques fiables, est une question primordiale. Les centres des travailleurs(euses), appelés worker centers aux États-Unis, sont des organisations qui ont pour mission la mobilisation des travailleurs(euses), souvent peu importe leur statut d’immigration (Fine 2006). Une partie de leur stratégie de mobilisation se base sur l’offre de services juridiques aux travailleurs(euses) individuels, dans le but de recruter, former et encourager la militance (Gordon 2005). Plus récemment, la Professeure Janice Fine, entre autres, a souligné la coopération plus formelle entre certains worker centers et des agences gouvernementales chargées de la protection des travailleurs(euses) aux États-Unis (Fine et Gordon 2010; Vosko 2013; Fine 2016). Quel serait le potentiel d’une telle collaboration dans le contexte québécois et canadien pour les TET? Comment la situer dans le contexte des études critiques sur le droit et la mobilisation (Law 2015; Spade 2011; Gordon 2005; Sarat et Scheingold 1998)?
Ce colloque aborde l’objet de recherche qui oriente le GIREPS depuis sa fondation : « le travail qui rend pauvre ». Plus spécifiquement, ce colloque sera l’occasion de présenter une réflexion transversale sur la production de travailleurs et travailleuses pauvres, et l’« injonction » de travailler qui les mobilise. À cet effet, nous proposons d’analyser le phénomène des travailleurs et travailleuses pauvres dans ses interfaces avec les transformations de l’action publique et des politiques sociales, d’une part, et les mutations du travail, les conditions d’emploi et les luttes sociales, d’autre part.
Trois axes structurent ce colloque et feront l’objet d’introductions spécifiques, puis de communications ou de tables rondes. À travers le premier axe, nous nous intéresserons aux effets des politiques sociales sur les mutations du travail et de l’emploi, et la précarisation. À cet égard, le colloque accueillera des réflexions sur les réformes au régime d’assurance-emploi, mais également sur la transformation de l’assistance sociale ou sur toute autre politique ayant des incidences sur les travailleurs et travailleuses à bas salaire (revenu minimum garanti, chèque emploi-service, réglementation concernant UBER). Le deuxième axe abordera plus spécifiquement les différents régimes d’exploitation qui se mettent en place actuellement et proposera de les problématiser en termes d’imbrication des rapports sociaux. Il sera l’occasion d’expliciter la construction institutionnelle de régimes de travail contraint réservés à des travailleurs immigrants permanents et migrants temporaires, puis de revenir sur des enjeux de définition du travail et de mettre notamment en évidence les apports spécifiques des critiques féministes dans l’analyse des processus en cours à travers des réalités encore peu étudiées. Le débat sur les stages non rémunérés en milieu de travail sera abordé dans le cadre d’une table ronde. Enfin, le troisième axe de ce colloque cherchera à proposer des réflexions sur les modes de résistance et les luttes collectives dans le contexte actuel de précarisation des marchés du travail en analysant les actions se déployant à la marge du salariat classique ainsi que l’action collective dans le secteur public et dans le milieu communautaire.
Ce colloque vise à contribuer à l’avancement des connaissances sur les travailleurs et travailleuses pauvres dans une perspective pluridisciplinaire. En se saisissant de cet objet de recherche à partir des méthodes et des cadres théoriques provenant de différentes disciplines des sciences sociales (sociologie, études féministes, sciences juridiques, relations industrielles), l’objectif sera non seulement de croiser les savoirs produits sur trois thèmes particuliers (politique sociale et travailleurs et travailleuses pauvres, régimes d’exploitation et action collective), mais également de proposer une réflexion autour des enjeux actuels touchant les travailleurs et travailleuses au bas de l’échelle.
Titre du colloque :