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Keira Mecheri : Université de Montréal
La question de Dieu se reformule aujourd’hui dans des termes fort différents de ceux qui prévalaient dans le temps d’avant le retrait des religions. La croyance se doit, pensons-nous, d’être systématiquement explorée à la fois dans la pratique clinique et dans les recherches socio-anthropologiques, notamment dans les cas où les sujets adoptent une pensée extrême. Dans ces cas, il nous apparaît impératif de mettre au travail une perspective capable d’appréhender le champ religieux dans ses liaisons avec le socioculturel, le politique et le psychologique. Pour y arriver, la voie s’ouvrant devant le clinicien et le chercheur passe nécessairement par une approche conjuguant biographie des sujets individuels, histoire des familles – migrantes ou pas –,conditions quotidiennes de vie, systèmes de croyances et grands enjeux de politique internationale. Avec le recul massif de la du sacré représentée par la religion, le cheminement des personnes en quête de certitude et de protection s’est incontestablement reconfiguré. C’est au confluent d’études ethnographiques menées en Israël, en France et au Québec et d’une pratique clinique auprès d’une population de patients croyants que le concept de théopathologie s’est imposé à nous pour rendre compte de la spécificité des profils rencontrés. Cette entité nosologique veut palier à l’aberration de certains diagnostics psychiatriques qui gomment la présence du religieux dans l’appréhension et le traitement de certaines psychopathologies.
Si les premiers penseurs des sciences sociales des religions (Tylor, Durkheim) se sont d’abord penchés sur les sociétés dites « primitives », c’est parce qu’implicitement ils assimilaient culture et religion. Les travaux de Weber sur les liens entre religion et système économique participent de cette perspective, bien qu’élargissant la notion de culture. Les études sur les monothéismes et leurs prétentions universalistes amènent toutefois à s’interroger sur l’articulation entre le religieux et le culturel. L’intérêt que les sociétés occidentales portent aux traditions liées à des aires culturelles du Sud a également mis en évidence l’influence du paradigme chrétien sur la définition même de la religion. Alors que, dans la foulée de la modernité et de la globalisation, le thème de la dissociation religion/culture constitue désormais une rhétorique partagée par les acteurs religieux, force est de constater que les religions elles-mêmes tendent à repenser la pertinence et l’opportunité de s’inscrire dans des systèmes culturels locaux (théorie de l’inculturation catholique, réappropriation des idiomes locaux par les pentecôtismes, construction d’un islam moderniste, etc.) et, le cas échéant, les modalités de cette insertion. La sécularisation et la diversification religieuse des sociétés contemporaines complexifient le paysage en favorisant l’apparition de combinaisons symboliques rendues inédites par des jeux d’innovation du croire et de la pratique. Certains auteurs identifient des traits de religiosité dans des pratiques de l’ordinaire apparemment sécularisées. Un tel chevauchement se diffracte également dans les choix et modèles d’inclusion du religieux dans le lien social. Ce colloque organisé par la Société québécoise pour l’étude de la religion se veut un espace d’échanges interdisciplinaires sur les articulations et tensions qui animent la dynamique religion et culture.
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