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Vers des communs du journalisme?

LB

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Loïc Ballarini : Université de Lorraine

Résumé de la communication

L’information doit-elle être considérée comme un bien commun ? À l’instar des idées, les nouvelles ne sont pas appropriables : c’est le travail journalistique (recueil, traitement, mise en forme…) qui en fait des productions originales caractéristiques d’un média et de sa ligne éditoriale. Simultanément et inséparablement, l’information est aussi un produit inséré dans un marché spécifique, économique et symbolique, le « marché de la discursivité sociale » (Veron, 1988). Son élaboration, coûteuse, requiert des ressources qui ont toujours été multiples et souvent croisées : vente, publicité, subventions, bénévolat.

Dans cette tension permanente entre la déontologie, qui impose de mettre l’information au service de l’intérêt général, et les nécessités économiques qui peuvent en contrarier les principes, certains médias développent depuis quelques années des solutions originales. En s’inspirant plus ou moins ouvertement des pratiques du logiciel libre, des défenseurs des communs de la connaissance et du mouvement de l’économie sociale et solidaire, ces initiatives ne s’abstraient certes pas totalement de l’État et du marché, mais s’en détachent suffisamment pour renouveler les pratiques journalistiques et la relation aux publics. Elles visent in fine à renforcer le rôle fondamental d’animation du débat public dévolu aux médias en régime démocratique et à reconquérir leur légitimité face à d’autres sources d’information, non journalistiques.

Cette communication vise à présenter un tour d’horizon de pratiques qui semblent indiquer la naissance de communs du journalisme. Il s’agit d’étudier quelques cas emblématiques (publication sous Creative Commons par La Stampa en Italie et The Conversation en France, partage de code informatique par la rédaction du Temps en Suisse, réseaux informels d’échanges entre journalistes dans l’espace francophone, projet #WeAreTwitter de rachat du réseau social par ses utilisateurs, renouveau des modèles économiques et formes juridiques de la presse en France, des coopératives au modèle associatif, en passant par l’économie sociale et solidaire ou le financement participatif) et d’analyser en quoi elles se rattachent, voire mobilisent les enjeux démocratiques propres aux communs (Aigrain 2005, Smyrnaios 2013, Dardot & Laval 2014).

Résumé du colloque

La notion de « commun » cristallise depuis plusieurs années un ensemble de réflexions en sciences sociales extrêmement fécondes qui s’inscrivent aussi bien dans le champ de l’économie politique que dans celui du droit, de la sociologie ou de la science politique. Qu’elles s’organisent autour de l’eau, des logiciels libres, de la pratique démocratique ou du vivant, d’autres façons de vivre ensemble, par-delà le marché et l’État, apparaissent aujourd’hui en alternative au système capitaliste. Ce sont ces nouveaux espaces de pratique et horizons de réflexion, ces autres manières d’aborder et de penser la vie en commun que la notion invite à investiguer. Rencontrant un intérêt croissant tant au sein de la société civile que dans le monde universitaire, le commun permet ainsi de réfléchir de manière constructive à la crise sociale, politique et écologique traversée par les sociétés contemporaines en situant d’emblée les sciences sociales sur le terrain positif de la proposition. Dans cet esprit, ce colloque entend explorer les nouveaux espaces et horizons du commun à partir d’approches autant théoriques qu’empiriques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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