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Frédéric Boily : University of Alberta
Dans la littérature scientifique consacrée au radicalisme politique de droite au Canada et au Québec, on s’intéresse à documenter les actions violentes, le nombre de crimes haineux (Bérubé et Campana, 2015) ou encore à tenter de voir les raisons expliquant l’émergence de ce phénomène (Bérubé, 2016). Or, même si quelques travaux se sont intéressés à cette question (Nadeau et Helley, 2016), on semble moins porté à analyser les idées défendues et les propos avancés par les acteurs politiques de la droite radicale. Tant et si bien que nous connaissons mal les idées prônées par certains groupes, lesquelles sont souvent ramenées sous un même dénominateur, celui de la haine.
Or, « [i]l convient […] de dire que sous-estimer la force des idées est une erreur non seulement commode mais aussi fort commune. Les idées incitent les hommes à l’action, et quand même il ne s’agirait que de la rationalisation de pressions psychologiques ou sociales ou de processus économiques, les constructions intellectuelles acquièrent rapidement une puissance qui leur est propre et deviennent des forces politiques autonomes. » (Zeev Sternhell, Les anti-Lumières, Fayard, 2006 : 35).
Les idées importent, il faut les identifier et c’est précisément pour contribuer à cet effort de compréhension que nous proposons ici d’analyser la stratégie intellectuelle de deux entités (Fédération des Québécois de souche et Council of European Canadians) qui sont actives dans la production idéologique et qui, de surcroît, partagent certains liens intellectuels. Nous verrons que ces deux groupes sont engagés dans une lutte ou guerre culturelle afin de renverser ce qu’ils estiment être une tendance mortifère pour nos sociétés. Le but de la présentation est de brosser un tableau de leur production intellectuelle afin de dégager la toile de fond idéologique sur laquelle se déploie leur argumentaire. L’analyse procédera de la manière suivante :
a) Brève présentation et description des deux corpus de textes
b) Identification des idées principales
c) Identifications des influences européennes et américaines
Au terme de l’analyse, nous serons ainsi mieux en mesure de qualifier la nature, au plan idéologique, de leur radicalisme.
Références :
Maxime Bérubé, Tendances de la droite radicale au Canada : analyses chronologiques et facteurs d’influence », CJCCJ/RCCJP, 2016, p. 221-251.
Maxime Bérubé et Aurélie Campana, « Les violences motives par la haine. Idéologies et modes d’action des extrémistes de droite au Canada », Criminologie, volume 48, no 1 2015, p. 215-234.
Frédérick Nadeau et Denise Helley, « Extreme right in Québec? The Facebook Pages in Favor of the Quebc Charter of Values », CES, volume 48, no1, 2016, p. 1-18.
Les radicalités violentes et l’extrémisme revêtent une pluralité de racines idéologiques et de visions du monde. Traditionnellement classés par la littérature scientifique sous la forme d’une typologie, les extrémismes se caractérisent par des motifs, des cadres idéationnels ou encore des généalogies communes. Parmi ces grandes familles, les radicalités violentes et les extrémismes de droite se distinguent par le peu d’intérêt qui leur est accordé à la fois comme objet scientifique et comme objet d’action publique. Derrière cette étiquette d’extrémismes de droite, il existe en réalité une pluralité de mouvements et d’acteurs (néonazis, néofascistes, suprémacistes, ultranationalistes, etc.) qui ne se revendiquent pas tous de la même manière et ne déploient pas leurs activités ou leurs actions, qu’elles soient violentes ou non, selon un même continuum.
Au Canada comme au Québec, peu de chercheurs se sont jusqu’ici intéressés à cette forme d’extrémisme. Il en résulte une littérature spécialisée relativement limitée et majoritairement restreinte à l’extrémisme de droite dans ses formes et ses manifestations les plus violentes et marginales. Si l’extrémisme de droite peut renvoyer à des groupes oppositionnels tels que les groupes skinheads néonazis, les mouvements ultranationalistes ou encore les mouvances suprémacistes, ce phénomène dépasse ces acteurs militants qui opèrent aux marges de l’espace politique et du débat public. Il semble dès lors important d’explorer plus en profondeur la nature et le déploiement des extrémismes de droite qui peuvent s’incarner autant dans des actions violentes spectaculaires que par une violence plus ordinaire et moins perceptible à l’échelle sociale. Afin de cerner ces différents enjeux, le colloque propose des pistes de réflexion et des éclairages autour des extrémismes et des radicalités violentes de droite au Québec et au Canada.
Comment traiter l’aspect définitionnel de la radicalisation violente dans une perspective d’extrémisme de droite? Comment définir les acteurs et les groupes qui composent cette nébuleuse floue de l’extrémisme de droite au Québec et au Canada? Comment les membres de ces groupes s’engagent-ils dans cette mouvance? Quel regard comparé est porté sur les extrémismes de droite au Québec et au Canada en comparaison d’autres espaces (Europe, États-Unis, etc.)? Voilà un éventail de questions qui orientera les discussions et les réflexions des communications présentées dans le cadre de ce colloque.
Cet espace sera l’occasion pour les chercheurs francophones de partager les résultats de leurs travaux et d’évoquer les points de débats et de tensions actuels dans ce domaine. Il s’agira donc d’offrir un espace de réflexivité et de discussion relatif à la problématique décrite, en particulier au Québec.
Titre du colloque :