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Antagonismes et processus de radicalisation dans l’espace québécois

FN

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Frederick Nadeau : INRS - Institut national de la recherche scientifique

Résumé de la communication

À la lumière des événements récents, cette communication s’intéresse à la montée des extrémismes politiques au Québec. Or, il ne s’agira pas tant de porter notre regard sur un groupe ou une tendance en particulier, mais de discuter du phénomène de la ‘radicalisation’ dans ses dimensions générales et transversales.

Nous appréhenderons la ‘radicalisation’ comme un processus ‘relationnel’, c’est-à-dire un processus dans lequel différents groupes d’acteurs sont en interaction constantes et se (re)positionnent sans cesse les uns par rapport aux autres, en fonction de leurs objectifs, de leurs rapports de force et d’un contexte qui lui aussi évolue et se transforme. La radicalisation sera ainsi comprise comme le ”résultat” [l’effet?] (pas nécessairement permanent et irréversible) d’une relation conflictuelle ou d’une “interaction manquée”: les acteurs ne sont pas parvenus à se comprendre et, accumulant rancoeur et ressentiment, se sont engagés (ou ont été aspirés) dans une “spirale ascendante” de radicalisation.

Dans le cadre de cette présentation, je m’intéresserai aux mécanismes qui peuvent alimenter cette spirale. Parmi eux, je porterai une attention particulière à l’”antagonisation” croissante du débats public (en particulier en ce qui a taint aux questions d’identité - sociales, ethniques, politiques, sexuelles), observable notamment sur les médias sociaux, qui contribue à la polarisation des attitudes et menace de détruire les espaces de dialogue nécessaires à une saine démocratie.

À partir d’une petite expérience réalisée sur Facebook, j’illustrerai comment ce mécanisme agit, concrètement, pour conduire à une sorte d’”enfermement idéologique”. Je mettrai en parallèle les contenus de deux comptes Facebook: celui d’un individu ayant des affinités plutôt à gauche, et celui d’un individu plus près de ce qu’on appelle “l’extrême droite”. L’objectif est d’illustrer la manière dont le fonctionnement des médias sociaux accentue le gouffre communicationel qui sépare les acteurs et conduit chacun à s’enfermer de plus en plus profondément dans ses certitudes idéologiques, au point où certains iront jusqu’à envisager la violence.

Résumé du colloque

Les radicalités violentes et l’extrémisme revêtent une pluralité de racines idéologiques et de visions du monde. Traditionnellement classés par la littérature scientifique sous la forme d’une typologie, les extrémismes se caractérisent par des motifs, des cadres idéationnels ou encore des généalogies communes. Parmi ces grandes familles, les radicalités violentes et les extrémismes de droite se distinguent par le peu d’intérêt qui leur est accordé à la fois comme objet scientifique et comme objet d’action publique. Derrière cette étiquette d’extrémismes de droite, il existe en réalité une pluralité de mouvements et d’acteurs (néonazis, néofascistes, suprémacistes, ultranationalistes, etc.) qui ne se revendiquent pas tous de la même manière et ne déploient pas leurs activités ou leurs actions, qu’elles soient violentes ou non, selon un même continuum.

Au Canada comme au Québec, peu de chercheurs se sont jusqu’ici intéressés à cette forme d’extrémisme. Il en résulte une littérature spécialisée relativement limitée et majoritairement restreinte à l’extrémisme de droite dans ses formes et ses manifestations les plus violentes et marginales. Si l’extrémisme de droite peut renvoyer à des groupes oppositionnels tels que les groupes skinheads néonazis, les mouvements ultranationalistes ou encore les mouvances suprémacistes, ce phénomène dépasse ces acteurs militants qui opèrent aux marges de l’espace politique et du débat public. Il semble dès lors important d’explorer plus en profondeur la nature et le déploiement des extrémismes de droite qui peuvent s’incarner autant dans des actions violentes spectaculaires que par une violence plus ordinaire et moins perceptible à l’échelle sociale. Afin de cerner ces différents enjeux, le colloque propose des pistes de réflexion et des éclairages autour des extrémismes et des radicalités violentes de droite au Québec et au Canada.

Comment traiter l’aspect définitionnel de la radicalisation violente dans une perspective d’extrémisme de droite? Comment définir les acteurs et les groupes qui composent cette nébuleuse floue de l’extrémisme de droite au Québec et au Canada? Comment les membres de ces groupes s’engagent-ils dans cette mouvance? Quel regard comparé est porté sur les extrémismes de droite au Québec et au Canada en comparaison d’autres espaces (Europe, États-Unis, etc.)? Voilà un éventail de questions qui orientera les discussions et les réflexions des communications présentées dans le cadre de ce colloque.

Cet espace sera l’occasion pour les chercheurs francophones de partager les résultats de leurs travaux et d’évoquer les points de débats et de tensions actuels dans ce domaine. Il s’agira donc d’offrir un espace de réflexivité et de discussion relatif à la problématique décrite, en particulier au Québec.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 12 mai 2017

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