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Béatrice Cadrin : Université de Montréal
Au début du XIXe siècle, le paysage sociopolitique européen est dominé par les bouleversements provoqués par la Révolution française. Réagissant à ceux-ci, l’empereur Franz Ier restreint les libertés individuelles des sujets du Saint Empire Romain germanique, tandis qu’au sein de l’aristocratie se trouvent au contraire des adeptes de l’Aufklärung, défenseurs de liberté et de tolérance.
C’est dans ce contexte que Beethoven compose sa troisième symphonie en 1803-1804. Solomon (2004) a démontré que le compositeur a fréquenté sa vie durant des adhérents aux principes de l’Aufklärung, dont plusieurs franc-maçons. Des symboles maçonniques de sa main ornent d’ailleurs une page d’esquisses pour l’Eroica (Lockwood, 2013). Il semble donc naturel d’explorer l’œuvre sous cet angle. Appliquant la méthode d’analyse de Caplin (1998), je relève une récurrence marquée du chiffre 3 à travers plusieurs paramètres (tonalité, métrique, rythme, forme, instrumentation). De plus, les trois étapes du rite initiatique (mort, enterrement et résurrection) sont représentées dans les trois premiers mouvements, tandis que la citation du ballet Die Geschöpfe des Prometheus dans le mouvement final représente l’humain éclairé par l’enseignement des dieux.
Cette relecture sous l’angle d’une interprétation franc-maçonne d’une œuvre fondamentale du canon symphonique apporte une contribution inédite à l’historiographie sur Beethoven et aux études des mouvements de pensée à une époque de grands changements.
Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.
Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.
En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.
Titre du colloque :