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Marie-Hélène Benoit-Otis
L’instrumentalisation de la vie et de l'œuvre de Mozart à des fins de propagande culturelle pendant le Troisième Reich a atteint son apogée avec les célébrations organisées pour le 150e anniversaire de sa mort le 5 décembre 1941. Point culminant de ces célébrations, la « Semaine Mozart du Reich allemand » présentée à Vienne a été interprétée jusqu’à maintenant comme une création nazie sui generis (Loeser, 2007; Reitterer, 2008; Levi, 2010; Stachel, 2014). De nouvelles sources révèlent cependant que ce festival nazi s’appuie en réalité sur des plans élaborés dix ans auparavant, pendant la Première République autrichienne.
À partir de documents d’archives et d’un dépouillement de la presse de l’époque, cette communication offre un premier aperçu des festivités Mozart autrichiennes de 1931 et montre que les Nazis ont repris les plans de ces célébrations presque tels quels en 1941. Malgré cette continuité formelle entre les deux célébrations Mozart, on observe entre 1931 et 1941 un changement on ne peut plus radical sur le plan du discours. Alors qu’en 1931 Mozart est présenté explicitement comme un compositeur autrichien dont la musique appelle une paix universelle, en 1941 Mozart devient une figure populiste germanisée pour laquelle les soldats allemands sont invités à combattre. La « Semaine Mozart » de 1941 apparaît ainsi dans un espace de tension entre l’appropriation d’une célébration préexistante et l’établissement d’un nouveau discours militarisé autour du compositeur.
Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.
Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.
En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.
Titre du colloque :