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« Et, par la force, les rebelles conduiroit dedans les cieux » : Marc Lescarbot (v. 1570-1642) et la légitimation d’une politique d’oppression

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Patrice Nicolas : Université de Moncton

Résumé de la communication

Dans la France du XVIe siècle, l’entrée triomphale consiste en la rencontre, aux portes de la ville, de deux cortèges, l’un royal et l’autre civique. C’est par ce cérémoniel artistique et rhétorique, élaboré par un poète local, puis soumis à l’examen royal et municipal, que les magistrats reçoivent solennellement un souverain, dans un décor théâtral aménagé à cet effet. De par sa grandiloquence, le spectacle inscrit profondément dans la mémoire collective la quasi divinité du roi, condition sine qua non à l’admiration craintive que doivent lui porter ses sujets.

Au début de l’année 1606, Jean de Biencourt, baron de Poutrincourt, gentilhomme de la Chambre et chevalier de l’ordre du roi, est nommé lieutenant-gouverneur de l’Acadie par Henri IV de France. Arrivé dans la colonie de Port-Royal en juillet de cette même année, il entreprend dès septembre d’explorer la côte vers le Sud, en compagnie de Samuel de Champlain. Leur retour en novembre fait l’objet d’une entrée triomphale élaborée par l’avocat, poète et musicien Marc Lescarbot. Mais ce rituel, s’il est bien le théâtre de réjouissances et de festivités, sert aussi des desseins plus sombres en développant tous les thèmes de la propagande politique royale, de la colonisation et du monopole commercial jusqu’à la conversion religieuse et au génocide culturel des Premières Nations.

Résumé du colloque

Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.

Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.

En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 12 mai 2017

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