Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Annaïck Le Bouëdec : Université Sorbonne Paris Nord
La professionnalisation des communicateurs se précise : La pluralité des parcours qui la caractérise fait émerger constamment de nouveaux profils dans le secteur de la communication ; ainsi peut être observé un lien entre chercheurs et professionnels de la communication. C’est ainsi que la pratique, le terrain, émettent un intérêt pour l’apport de la recherche et inversement. Le milieu des agences de communication, au service de moyennes et grandes organisations, est un intermédiaire qu’il semble difficile d’observer par ses actions souvent opaque voire confidentielles. C’est dans l’aboutissement d’une immersion de trois années, dans le cadre d’une thèse Cifre (Convention industrielle de formation par la recherche) en agence de communication, que notre étude puise ses origines. A mi-chemin entre l’observation participante et la recherche-action, nous nous sommes interrogée sur la place du chercheur-observateur et sur son évolution vers celle de prescripteur : le Chercheur-Consultant. Le milieu du conseil, notamment en communication, laisse place à l’émergence de nouveaux profils hybrides suggérant une interdépendance fondée sur la légitimité du professionnel et la crédibilité du chercheur. Plus largement, il s’agit de penser la place du chercheur en communication comme un nouvel objet d’étude au sein de la professionnalisation des communicateurs, en tant qu’élément légitimant et prescripteur de nouvelles approches communicationnelles.
La profession de communicateur ou de communicatrice n’est pas un parcours unidirectionnel. Bien que les institutions d’enseignement de même que les associations professionnelles tentent, depuis nombre d’années, d’en baliser les trajectoires (Baillargeon et al., 2013), la complexité et la transdisciplinarité traversant la fonction communication dans les organisations rendent impossible — fort heureusement, pourrait-on dire — de circonscrire les contours de ce qui fait « professionnel » en communication. Journalistes se convertissant aux relations publiques ou devenant producteurs de contenus (Baillargeon et al., 2016; Bernier et al., 2005); mathmen constituant les nouveaux communicateurs à l’aune des données massives (big data) (Couldry et Turow, 2014; Messinger, 2014); responsables des RH endossant la fonction de communicateur interne (Talal, 2013), sans compter les croisements entre politique, marketing et communication (Kugler, 2006; Stenger, 2012) : autant d’indices que cette profession « échappe inévitablement à toute maîtrise systématique » (Champy, 2009, p. 84). Ainsi, l’observation de la polysémie et de l’équivocité des titres d’emploi (David and Motulsky, 2010; de la Broise, 2013), les fréquents amalgames professionnels et bifurcations floutant les frontières, les dynamiques d’entrée et sortie dans la profession, le foisonnement de formations « en communication » au cours de la vie témoignent de cette recherche constante de légitimation. Ce colloque international, organisé par le RESIPROC, propose de mettre en question l’atypie du parcours professionnel en communication de manière à en révéler les enjeux, les impacts sur la pratique de même que les tensions qu’elle engendre chez les praticiens, les associations et les milieux de formation.
Mettant en relation enseignants-chercheurs, étudiants, professionnels et représentants associatifs, ce colloque sera l’occasion de :
– faire un état des lieux sur les différentes formes d’hybridations professionnelles et les enjeux qu’elles supposent en matière de tensions dans les organisations et de limites dans les savoirs communs essentiels à la pratique (Shelby, 1993);
– explorer les rationalités déontologiques, économiques, éthiques, politiques et sociotechniques derrière cette atypie (Coutant et Domenget, 2016; Maas et al., 2017);
– se questionner sur les formes et les orientations des formations, qu’elles soient inscrites au sein des établissements d’enseignement ou non, au regard de cette atypie (de la Broise et Morillon, 2014).
À travers ces thèmes, chercheurs, enseignants et professionnels de l’espace francophone pourront jeter un regard plus avisé sur une profession constamment en quête de légitimation, proposer des pistes de réflexion sur la question de l’adéquation entre l’enseignement et la pratique qui fait récursivement surface (Champy, 2009 ; Lepine et David, 2014; Broyles et Slater, 2014; Neill et Schauster, 2015) tout en soulevant les défis pour les professionnels, novices comme expérimentés, de cette atypie.
Titre du colloque :
Thème du colloque :