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Marie-Claude Bernard : Université Laval
Dans le contexte où le développement des biotechnologies ouvre la voie à de nouvelles possibilités dans l’étude du vivant (organismes génétiquement modifiés, cellules souches, mise au point de formes hybrides « vivant-non vivant ») (Parizeau, 2010), comment les enseignantes et enseignants de biologie au Cégep discutent-ils des enjeux soulevés par celles-ci? Ont-ils recours à des stratégies particulières pour aborder en classe les questions socialement vives (QSV) que soulèvent les biotechnologies? Comment utilisent-ils leur marge de manœuvre pédagogique pour la formation de la pensée critique dans ce contexte? Nous cherchons à répondre à ces questions en menant une recherche visant à analyser les positions adoptées par ces acteurs lorsqu’ils se prononcent sur l’intégration de thématiques liées aux enjeux entourant le vivant. Nous avons recueilli les propos de sept enseignants et enseignantes volontaires lors de trois rencontres en focus group dont nous présenterons les résultats préliminaires. L’analyse, réalisée selon une double approche, thématique et conversationnelle, s’appuie sur une perspective interactionniste (Mbazogue-Owono & Bernard, 2016). Les résultats contribueront à l’avancement des connaissances sur les visées et les manières d’intégrer, ou non, en classe, des QSV soulevées par les biotechnologies (Albe & Simonneaux, 2002). Le cas échéant, ils peuvent mener à la révision des programmes de formation à l’enseignement au collégial selon une perspective critique.
Depuis la fin du 20e siècle, les avancées technoscientifiques en lien avec le vivant soulèvent des questions. S’appuyant sur des modèles provenant de nombreuses disciplines biologiques pour comprendre et appréhender le vivant, certaines de ces avancées induisent des formes de maîtrise ou de façonnement du vivant. La place du vivant dans la recherche de solutions durables aux problèmes énergétiques, alimentaires ou de santé est au cœur des préoccupations, que ce soit pour préserver la biodiversité ou pour l’employer en tant que ressource. Ces différents buts et usages interpellent les scientifiques, les citoyens et les acteurs œuvrant dans le champ éducatif. Ouvrant la voie à des transformations du vivant, ces innovations interrogent nos rapports au vivant et remettent en question nos représentations de l’humain et ses relations avec les autres formes du monde vivant et non vivant.
À l’instar d’Atlan, n’avons-nous pas intérêt à considérer sérieusement la fin du tout génétique, pour repenser les enjeux médicaux et sociétaux de certaines pathologies au regard des interactions entre gènes et environnement ou mode de vie? Quel est l’intérêt et quelles sont les limites de la virtualisation du vivant offerte par les simulations et les modélisations informatiques grâce à la biologie de synthèse? Doit-on fabriquer du vivant et pour quelles finalités? Est-ce éthique de breveter le vivant? L’instrumentalisation du vivant est-elle une posture viable?
L’enseignement répond-il à la finalité d’une formation des futurs citoyens et citoyennes pouvant se positionner face à ces interrogations? Quels choix sont faits dans le champ éducatif pour positionner ces enjeux et par qui sont-ils réalisés?
Notre perspective est celle d’interroger d’une part les nouveaux enjeux et défis auxquels les éducations au vivant doivent faire face et, d’autre part, les nouvelles mises en œuvre convoquant un regard interdisciplinaire dans cette même voie d’une éducation au vivant.
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