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Jouer pour les scènes musicales engagées sans y militer : concert de soutien, DIY et principe éthique chez les musiciens amateurs des scènes contre-culturelles contemporaines parisiennes et berlinoises

RJ

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Romuald Jamet : UQAC-Université du Québec à Chicoutimi

Résumé de la communication

Afin de sensibiliser le public aux luttes politiques, différents groupes de l’extrême gauche organisent régulièrement des « concerts de soutien ». Ces concerts sont ainsi l’occasion de réunir militants, sympathisants et publics autour de combats politiques et d’activités musicales festives, les musiciens y jouant le plus souvent à titre gracieux, « pour la cause ».

Cependant, il apparaît que les musiciens sont rarement enthousiasmés par les causes pour lesquels ils sont amenés à jouer et critiquent régulièrement les organisations militantes. Malgré cette défiance, ces mêmes musiciens affirment la nécessité de jouer pour ces scènes, ces militants et ces causes, considérant leurs pratiques musicales comme une modalité d’engagement.

Comment comprendre alors le positionnement de ces musiciens, entre pratiques musicales politisées et refus du militantisme?

À partir d’une étude socio-ethnographique réalisée dans le cadre de ma thèse (2009-2016), nous verrons comment les musiciens amateurs de ces scènes cherchent à produire une musique engagée tout en revendiquant leur autonomie des pratiques politiques militantes. Nous développerons ainsi la centralité du concept du DIY ! (Do It Yourself!) pour les musiciens concernant, d’une part, la production de leurs musiques, et constaterons, d’autre part, que c’est à partir de ce même principe que les musiciens évaluent éthiquement et politiquement les idéaux et pratiques politiques des militants.

Résumé du colloque

Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.

Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.

En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 12 mai 2017

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