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Maxime Fiset : Université Laval
Pendant l’élection présidentielle ayant porté Donald Trump au pouvoir, particulièrement suite à la nomination de Steve Bannon dans sa garde rapprochée, la mouvance « alt-right » a gagné en visibilité et semble être devenu quelque chose de concret. Or, 850 apparitions dans les médias canadiens depuis 3 mois (en date du 18 janvier 2017 – sur Eureka.CC) n’ont pas rendu le terme plus facile d’approche pour l’électeur, ni pour les communautés académique et médiatique : c’est peu surprenant pour un terme générique aussi englobant.
Il n’empêche que la soudaine popularité de l’expression et la forte probabilité qu’il en soit encore souvent question dans l’avenir appellent à une définition claire et concertée du sujet.
Nous proposerons donc une définition de travail qui cherche à isoler la droite-alternative d’autres mouvances issues du nationalisme ou du conservatisme, et qui saura englober, nous l’espérons, toutes les associations d’idées ou de personnes qu’on retrouve sous l’ombrelle du vocable « alt-right ». Peut-on d’ailleurs parler d’une telle mouvance (la droite-alternative) au Québec ? Si c’est bien le cas, nous postulons qu’elle est différente de l’alt-right étatsunienne, mais qu’elle va aussi puiser, pour sources, dans la droitosphère virtuelle globale qui s’étiole à partir de sites tels que Stormfront, Breitbart News, InfoWars et 4chan, jusque sur les médias sociaux et des sites locaux.
Pour y parvenir, nous dégagerons une liste d’axes idéologiques qui sont omniprésents dans la droite-alternative. Nous chercherons à brosser quelle progression est possible au long de ces axes. À partir de ces axes, nous pensons parvenir à constater là où se touchent et se séparent la droite-alternative du Québec et les mouvements et partis politiques plus anciens.
Enfin nous consacrerons une quantité importante d’effort à vérifier s’il existe véritablement une distinction fondamentale entre les termes génériques « droite-alternative » et « droite radicale » (ou « extrême-droite ») dans le contexte québécois et à l’identifier.
Références :
Baysinger, T. G. (2006). Right-wing group characteristics and ideology. Homeland Security Affairs, 2(2) : https://www.hsaj.org/articles/166
Bérubé, M., Campana, A. (2015). Les violences motivées par la haine. Idéologies et modes d'action des extrémistes de droite au Canada. Criminologie, 48(1).
Nadeau, F. et Helly, D. (2016). Extreme Right in Quebec?: The Facebook Pages in Favor of the « Quebec Charter of Values ». Canadian Ethnic Studies, 48(1), 1–18
Southern Poverty Law Center, « Alt-right » : https://www.splcenter.org/fighting-hate/extremist-files/ideology/alternative-right
Les radicalités violentes et l’extrémisme revêtent une pluralité de racines idéologiques et de visions du monde. Traditionnellement classés par la littérature scientifique sous la forme d’une typologie, les extrémismes se caractérisent par des motifs, des cadres idéationnels ou encore des généalogies communes. Parmi ces grandes familles, les radicalités violentes et les extrémismes de droite se distinguent par le peu d’intérêt qui leur est accordé à la fois comme objet scientifique et comme objet d’action publique. Derrière cette étiquette d’extrémismes de droite, il existe en réalité une pluralité de mouvements et d’acteurs (néonazis, néofascistes, suprémacistes, ultranationalistes, etc.) qui ne se revendiquent pas tous de la même manière et ne déploient pas leurs activités ou leurs actions, qu’elles soient violentes ou non, selon un même continuum.
Au Canada comme au Québec, peu de chercheurs se sont jusqu’ici intéressés à cette forme d’extrémisme. Il en résulte une littérature spécialisée relativement limitée et majoritairement restreinte à l’extrémisme de droite dans ses formes et ses manifestations les plus violentes et marginales. Si l’extrémisme de droite peut renvoyer à des groupes oppositionnels tels que les groupes skinheads néonazis, les mouvements ultranationalistes ou encore les mouvances suprémacistes, ce phénomène dépasse ces acteurs militants qui opèrent aux marges de l’espace politique et du débat public. Il semble dès lors important d’explorer plus en profondeur la nature et le déploiement des extrémismes de droite qui peuvent s’incarner autant dans des actions violentes spectaculaires que par une violence plus ordinaire et moins perceptible à l’échelle sociale. Afin de cerner ces différents enjeux, le colloque propose des pistes de réflexion et des éclairages autour des extrémismes et des radicalités violentes de droite au Québec et au Canada.
Comment traiter l’aspect définitionnel de la radicalisation violente dans une perspective d’extrémisme de droite? Comment définir les acteurs et les groupes qui composent cette nébuleuse floue de l’extrémisme de droite au Québec et au Canada? Comment les membres de ces groupes s’engagent-ils dans cette mouvance? Quel regard comparé est porté sur les extrémismes de droite au Québec et au Canada en comparaison d’autres espaces (Europe, États-Unis, etc.)? Voilà un éventail de questions qui orientera les discussions et les réflexions des communications présentées dans le cadre de ce colloque.
Cet espace sera l’occasion pour les chercheurs francophones de partager les résultats de leurs travaux et d’évoquer les points de débats et de tensions actuels dans ce domaine. Il s’agira donc d’offrir un espace de réflexivité et de discussion relatif à la problématique décrite, en particulier au Québec.
Titre du colloque :