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La mise en spectacle rituelle de la mort

DJ

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Denis Jeffrey : Université Laval

Résumé de la communication

La société des mass médias a permis une diffusion simultanée de la mort en directe. De plus, le cinéma et les séries contemporaines présentent à foison des scènes morbides où des personnes meurent dans d’atroces douleurs. En fait, dans les sociétés des écrans, nous sommes constamment soumis à des images d’individus en train de mourir. Cette obscénité du mourir devient, dans son paroxysme, une pornographie de la mort. Le terme de pornographie – utilisés pour l’activité sexuelle commerciale - comporte deux dimensions essentielles : d’une part, il suggère une absence d’interdits et d’autre part, il renvoie à un événement éphémère (sans passé ni avenir) qui affecte la sensibilité érotique dans le moment présent. La mort spectacularisée des écrans devient-elle, en ce sens, pornographique ? Il ne s’agit plus du spectacle réel d’un condamné à mort comme le décrit Michel Foucault au début de son ouvrage Surveiller et punir, mais de la mort fétichisée au service d’un plaisir esthétique morbide. Les catégories de Philippe Ariès (mort honteuse, mort apprivoisée, mort interdite, etc.) deviennent obsolètes dans cette porno de la mort qui ne s’intéresse pas aux morts, aux défunts et aux survivants, mais à la seule mise en scène du mourir pour le bénéfice du spectateur. Cette ritualisation pornographique de la mort est-elle le signe ou le symptôme d’un nouveau rapport à notre condition d’humain ?

Résumé du colloque

Ce colloque est présenté en collaboration avec la revue Frontières.

Les rites de mort sont encore bien présents dans les sociétés modernisées et remplissent d’inestimables fonctions. Pourtant, le discours ambiant, simplificateur et anxiogène, véhicule l’idée que les rites funéraires disparaissent, ou du moins qu’ils ne seraient plus qu’un reflet de ce qu’ils étaient autrefois. Pourtant, comme pour tous les rites, ceux qui concernent la mort connaissent des mutations considérables. Ils ne disparaissent pas, ils se transforment. En fait, ils sont adaptés aux attentes et aux modes de vie de l’individu contemporain. Les spécialistes des rites (Roberge, Jeffrey, Grimes, Bell, Wulf, Baudry, etc.) ont aussi observé que les activités autour de la mort peuvent être plus ou moins ritualisées, c’est-à-dire plus ou moins formalisées et élaborées, et peuvent avoir une durée plus ou moins longue, évidemment selon les circonstances, les situations sociales et les besoins des personnes et des groupes. À côté de cela, on doit prendre en compte que les croyances religieuses au sujet de la survie de l’âme s’essoufflent, alors que l’épreuve de deuil des survivants devient centrale. Dès lors, les rites de mort sont ajustés aux conceptions actuelles du défunt et du deuil.

Ainsi, on observe, dans la modernité occidentale, une réorganisation des rites de mort. On doit notamment prendre en compte les rites d’accompagnement des mourants à l’hôpital, les rites de commémoration dans des sites Web dédiés aux défunts, les ritualités adaptées à la diversité culturelle, les souhaits du défunt, les nouveaux dialogues avec le défunt, le métissage et la personnalisation des rites de mort, etc. En somme, il n’y a pas une disparition ou un retour de la mort et du deuil, puisque les rites de mort ont été adaptés aux nouvelles situations sociales et à l’esprit du temps. À cet égard, ce colloque vise à rendre compte des nouveaux aménagements dans les rites de mort.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
news icon Thème du colloque :
Ritualiser la mort
section icon Date : 12 mai 2017

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Titre du colloque :

Ritualiser la mort

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