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La nation métisse : une communauté imaginée?

JD

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Janique Dubois : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Dès la première page de son livre, Mon pays métis, l’essayiste John Ralston Saul proclame que le Canada est une civilisation métisse. Les récits qui retracent l’origine de l’identité canadienne et québécoise au métissage autochtone-européen prennent de l’ampleur dans le discours juridique et politique contemporain. S’appuyant sur la récente décision de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Daniels qui constate que le mot « Métis » peut désigner « quiconque possède des origines mixtes européennes et autochtones », des organismes représentant des personnes d’ascendance autochtone appellent à la reconnaissance de leurs droits en tant que peuple autochtone métis.

Dans cette communication, nous utilisons l’expérience vécue de la nation métisse pour raconter des vérités sur le Canada. En fondant l’analyse sur la pensée politique métisse, nous constatons que le discours qui émerge dans les sphères culturelles, juridiques et politiques canadiennes et québécoises est antinomique à ce que les Métis décrivent comme aen ishi wiichayyamitooyahk, la façon dont nous vivons ensemble. En plus d’examiner les relations historiques des Canadiens avec les Métis, l’analyse s’attarde sur la nature de ces relations ou myeu waahkootoohk, une expression Michif qui signifie être lié de la bonne façon.

Résumé du colloque

Si les Autochtones, durant la période précédant et suivant immédiatement le contact, évoluaient en tant que sociétés politiques autonomes déterminant leurs propres régimes de citoyenneté, cette situation changea radicalement à la suite de la promulgation de la Loi sur les Indiens, qui leur retira la possibilité de déterminer leurs critères d’appartenance tout en les écartant de la citoyenneté de la société majoritaire. Avec le Livre blanc en 1969, on tenta de leur octroyer une citoyenneté canadienne, mais sans reconnaissance de leur caractère distinct, ce qui fut rejeté par les Autochtones en tant que politique d’assimilation. Ceux-ci recadrèrent alors leurs revendications selon les impératifs de la décolonisation et une reconnaissance de leur spécificité. Des auteurs comme Kymlicka, Seymour et Tully ont aussi contribué à inclure leurs droits au sein d’une théorie libérale des droits des minorités et de la reconnaissance, bien que des auteurs autochtones comme Alfred et Coulthard critiquent celle-ci comme reproduisant la structure coloniale.

Encore aujourd’hui, il appert que les politiques gouvernementales ne permettent pas aux Autochtones de définir les critères de leur identité et de leur citoyenneté. La création d’espaces de production et de reproduction de cette identité, inscrite dans un rapport étroit avec le territoire, constitue aujourd’hui un enjeu fondamental. Bien que le débat soit projeté à une échelle internationale et transnationale depuis de nombreuses décennies avec des résultats mitigés, des mouvements comme Idle No More redéfinissent le cadre protestataire autochtone en projetant les revendications à une échelle panautochtone, en formulant des demandes en lien avec celles d’autres « nouveaux mouvements sociaux » (environnement, justice sociale, féminisme, altermondialisme) et en employant des moyens contemporains (manifestations de masse, médias sociaux) qui court-circuitent les élites et les canaux institutionnels.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 12 mai 2017

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