Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Sebastien Malette : Carleton University
Notre présentation discutera certaines tensions identitaires vécues par les Métis du Québec, en explorant un discours néo-nationaliste en provenance de l’Ouest qui refuse l’authenticité métisse à ceux accusés de n’être que des « sangs mêlés, » de même que les difficultés du test juridique Powley pour les Métis en quête d’une reconnaissance officielle. D’une part, nous retrouvons un discours académique sur l’identité métisse qui se voudrait « authentique », durcissant ses propres régionalismes et refusant toute légitimité à ces communautés métisses historiques aux origines indépendantes des évènements ethno-symboliques rattachés à la rivière Rouge. De l’autre, nous faisons face à une démarche juridique complexe et couteuse depuis l’arrêt Powley (2003) qui demande aux Métis la démonstration de leur existence historique et communautaire. Problématisant ces deux aspects de façon simultanée, notre présentation dévoilera un matériel inédit sur le plan archivistique concernant les Métis de l’Outaouais. Ce matériel archivistique remettra en jeu les catégories agentielles souvent monologiques, primordialistes et géographiquement limitées telles que défendues par le sociologue Chris Andersen (2014), tout en illustrant la volonté des autorités coloniales d’éteindre l’identité métisse au Québec. Nous présentation suscitera ainsi des interrogations provocatrices au sujet des catégories agentielles que nous utilisons afin de réfléchir l’authenticité en matière d’identités autochtones.
Si les Autochtones, durant la période précédant et suivant immédiatement le contact, évoluaient en tant que sociétés politiques autonomes déterminant leurs propres régimes de citoyenneté, cette situation changea radicalement à la suite de la promulgation de la Loi sur les Indiens, qui leur retira la possibilité de déterminer leurs critères d’appartenance tout en les écartant de la citoyenneté de la société majoritaire. Avec le Livre blanc en 1969, on tenta de leur octroyer une citoyenneté canadienne, mais sans reconnaissance de leur caractère distinct, ce qui fut rejeté par les Autochtones en tant que politique d’assimilation. Ceux-ci recadrèrent alors leurs revendications selon les impératifs de la décolonisation et une reconnaissance de leur spécificité. Des auteurs comme Kymlicka, Seymour et Tully ont aussi contribué à inclure leurs droits au sein d’une théorie libérale des droits des minorités et de la reconnaissance, bien que des auteurs autochtones comme Alfred et Coulthard critiquent celle-ci comme reproduisant la structure coloniale.
Encore aujourd’hui, il appert que les politiques gouvernementales ne permettent pas aux Autochtones de définir les critères de leur identité et de leur citoyenneté. La création d’espaces de production et de reproduction de cette identité, inscrite dans un rapport étroit avec le territoire, constitue aujourd’hui un enjeu fondamental. Bien que le débat soit projeté à une échelle internationale et transnationale depuis de nombreuses décennies avec des résultats mitigés, des mouvements comme Idle No More redéfinissent le cadre protestataire autochtone en projetant les revendications à une échelle panautochtone, en formulant des demandes en lien avec celles d’autres « nouveaux mouvements sociaux » (environnement, justice sociale, féminisme, altermondialisme) et en employant des moyens contemporains (manifestations de masse, médias sociaux) qui court-circuitent les élites et les canaux institutionnels.
Titre du colloque :