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Vanessa Blais-Tremblay : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les récits historiques du soi-disant « âge d’or » du jazz à Montréal commencent toujours par sa réputation de « ville ouverte » et finissent toujours en faisant référence aux descentes dans les boîtes de nuit de l’escouade de la moralité du maire Drapeau. En d’autres termes, le vice et le jazz sont étroitement liés au point d’émergence ainsi qu’au point de dissolution de la scène – alors qu’entre les deux, on ne parle que des orchestres de jazz.
Un tel récit – émergeant dans les « palais du plaisir », prenant forme grâce aux musiciens jazz, et dont le déclin est causé par les effeuilleuses – est implicitement genré par sa manière d’obscurcir le rôle que les corps féminins indisciplinés ont joué tout au long de cette période. Au Québec, le jazz était avant tout une musique pour danser : on le rencontrait dans des contextes de danse sociale, ou alors sur la scène du spectacle de variétés, le plus souvent en accompagnement à des numéros de danse théâtrale. Ma présentation s’inspire des histoires orales de danseuses exotiques noires ainsi que de critique jazz provenant de divers médias pour réhabiliter les danseuses dans l’historiographie du jazz montréalais. Ces sources permettent de repositionner le jazz montréalais en tant qu’espace acoustique et discursif au sein duquel le cadre genré et racialisé qui structurait l’incarnation de la moralité et du vice au Québec a pu être résisté, contesté et nuancé.
Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.
Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.
En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.
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