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Hervé Breton : Université de Tours
Les démarches de portfolio sont utilisées de manières très diverses, selon qu’elles sont proposées en tant que support au service d’une ingénierie de formation ou qu’elles visent l’accompagnement des processus d’autoformation des adultes. Par l’étude des « supports portfolio » provenant d’ESPE et d’IFSI, notre communication visera dans un premier temps à objectiver les processus de dévitalisation à l’œuvre au cours de démarches qui « disciplinarisent » l’expérience.
Prenant appui sur ce travail d’analyse des facteurs faisant obstacle à l’expression de l’expérience « en première personne », nous interrogerons ensuite les pratiques d’accompagnement d’un travail réflexif au cours de démarches de portfolio qui cherchent à accompagner deux passages : celui de l’expérience au langage ; celui de l’expression du récit et de sa « réception » par la communauté. Nous le ferons à partir d’une recherche-action conduite auprès d’éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse impliqués dans la mise en œuvre de démarches portfolio. Seront présentés et analysés : les grandes étapes de la recherche-action-collaborative, trois récits d’éducateurs ayant vécu la démarche et l’accompagnant. Cela nous conduira à étudier de manière dialectique les phases de mise en mots, de mise en récit, et de mise en dialogue de l’expérience, puis à analyser les processus réflexifs et dialogiques à l’œuvre, du fait de l’alternance des prises de parole en première, deuxième et troisième personne.
De nombreuses formations visent à favoriser la réflexivité (Donnay et Charlier, 2008) dans différents champs professionnels — éducation (Charlier et coll., 2013 ; Tardif et coll., 2012; Vacher, 2015), santé (Ghaye, 2006), psychologie (Scaife, 2010), ingénierie (Rouvrais, 2013). Les deux précédents colloques à l’Acfas (2015, 2016) ont analysé les liens entre réflexivité, expérience déstabilisante et changement d’une part, et réflexivité, compétences, identité d’autre part.
Nous différencions réflexion et réflexivité (Donnay et coll., 2008). Réfléchir, dans le deuxième sens, c’est mettre en mental, adopter une position méta par rapport à la situation, grâce à un système de représentations (souvent le langage). La réflexivité (Schön, 1994) permettrait au praticien d’adopter une posture d’extériorité en se distanciant d’une partie de la situation : la personne regarde la situation de l’extérieur pour tenter de l’objectiver, mais réalise aussi un retour sur elle-même, se regardant agir en situation et analysant les surdéterminations qui contribuent à structurer son rapport à sa pratique et aux acteurs concernés. Cette posture d’extériorité est facilitée par un tiers : personnes ou grilles de lecture.
Les dispositifs de formation à la réflexivité sont nombreux, sans compter ceux non documentés dont la visée est de faire réfléchir, mais qui ne s’affichent pas ainsi (Chaubet et coll., 2016). La réflexivité est souvent pratiquée en groupe selon des méthodologies diverses. Dans le cadre de ce colloque, dans la continuité des deux précédents, nous interrogerons les processus en jeu dans ces situations de formation en groupe, ainsi que les effets de ces dispositifs collectifs. Quels sont les éléments du dispositif collectif qui favorisent la réflexivité? En quoi? Comment? Quelle est la dimension affective de ces processus? Quel est le rôle de l’Autre ou des Autres? Quelles sont les dimensions cognitives, affectives, professionnelles et identitaires touchées?
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