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Les communicateurs de l’Europe à la recherche d’un dénominateur commun : la fabrique de l’ethos professionnel à partir des usages des dispositifs socionumériques

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Sandrine Roginsky : Université catholique de Louvain

Résumé de la communication

Les institutions européennes offrent un cadre d’étude original et pertinent pour analyser les parcours des professionnels en communication. Au sein du Parlement européen comme de la Commission européenne cohabitent des professionnels aux modalités de carrière très différentes, pour lesquels la fonction de communication et le travail qui lui est attaché peuvent recouvrir des modes d’expression et de réalisation tout aussi différents. A ceux-ci s’ajoutent les professionnels des agences de communication qui gravitent autour des institutions, dans ce qu’il est courant d’appeler « la bulle européenne » (Georgakakis, 2011). Malgré cette diversité de parcours, un ethos professionnel commun se construit, qui émerge autour notamment de l’usage de dispositifs socionumériques. Nous proposons ici d’étudier le groupe des communicateurs de la « bulle européenne » non comme une « unité communautaire » qui partage « une même identité ou de[s] valeurs communes », mais comme une configuration liée aux « conflits d’intérêts et de changements » (Strauss, 1992). Les dispositifs numériques deviennent dans ce contexte des « objets frontières » qui traversent le groupe et les univers professionnels (Bergeron et al., 2013), en transportant avec eux des attendus et des normes. Pour mener à bien cette analyse, le travail s’appuie sur une méthodologie triple : la participation observante (Soulé 2007), la conduite d’entretiens semi-directifs et l’analyse discursive de productions de communication.

Résumé du colloque

La profession de communicateur ou de communicatrice n’est pas un parcours unidirectionnel. Bien que les institutions d’enseignement de même que les associations professionnelles tentent, depuis nombre d’années, d’en baliser les trajectoires (Baillargeon et al., 2013), la complexité et la transdisciplinarité traversant la fonction communication dans les organisations rendent impossible — fort heureusement, pourrait-on dire — de circonscrire les contours de ce qui fait « professionnel » en communication. Journalistes se convertissant aux relations publiques ou devenant producteurs de contenus (Baillargeon et al., 2016; Bernier et al., 2005); mathmen constituant les nouveaux communicateurs à l’aune des données massives (big data) (Couldry et Turow, 2014; Messinger, 2014); responsables des RH endossant la fonction de communicateur interne (Talal, 2013), sans compter les croisements entre politique, marketing et communication (Kugler, 2006; Stenger, 2012) : autant d’indices que cette profession « échappe inévitablement à toute maîtrise systématique » (Champy, 2009, p. 84). Ainsi, l’observation de la polysémie et de l’équivocité des titres d’emploi (David and Motulsky, 2010; de la Broise, 2013), les fréquents amalgames professionnels et bifurcations floutant les frontières, les dynamiques d’entrée et sortie dans la profession, le foisonnement de formations « en communication » au cours de la vie témoignent de cette recherche constante de légitimation. Ce colloque international, organisé par le RESIPROC, propose de mettre en question l’atypie du parcours professionnel en communication de manière à en révéler les enjeux, les impacts sur la pratique de même que les tensions qu’elle engendre chez les praticiens, les associations et les milieux de formation.

Mettant en relation enseignants-chercheurs, étudiants, professionnels et représentants associatifs, ce colloque sera l’occasion de :

– faire un état des lieux sur les différentes formes d’hybridations professionnelles et les enjeux qu’elles supposent en matière de tensions dans les organisations et de limites dans les savoirs communs essentiels à la pratique (Shelby, 1993);
– explorer les rationalités déontologiques, économiques, éthiques, politiques et sociotechniques derrière cette atypie (Coutant et Domenget, 2016; Maas et al., 2017);
– se questionner sur les formes et les orientations des formations, qu’elles soient inscrites au sein des établissements d’enseignement ou non, au regard de cette atypie (de la Broise et Morillon, 2014).

À travers ces thèmes, chercheurs, enseignants et professionnels de l’espace francophone pourront jeter un regard plus avisé sur une profession constamment en quête de légitimation, proposer des pistes de réflexion sur la question de l’adéquation entre l’enseignement et la pratique qui fait récursivement surface (Champy, 2009 ; Lepine et David, 2014; Broyles et Slater, 2014; Neill et Schauster, 2015) tout en soulevant les défis pour les professionnels, novices comme expérimentés, de cette atypie.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 12 mai 2017

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