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Kathleen Hulley : Chercheur indépendant
Après la défaite de la France dans la bataille de Sedan et le déclenchement de la Commune, deux chanteuses de café-concert ont connu un essor remarquable : Rosa Bordas (1840–1901) et Amiati (1851–1889). Par leurs interprétations de La Marseillaise et d’autres chansons patriotiques, Bordas, habillée comme l’héroïne révolutionnaire Théroigne de Méricourt, et Amiati, enveloppée dans le tricolore, donnaient lieu à une catharsis collective pour une population humiliée et traumatisée par la guerre.
Dans cette présentation, nous examinerons Bordas et Amiati comme agents et emblèmes patriotiques de la France durant « l’année terrible ». Nous nous concentrerons sur leurs activités musicales et mettrons en contexte des chansons-clés de leur répertoire, notamment La fille d’auberge et Deux années 1870–1871, deux chansons qui illustrent la situation des femmes ainsi que leur résistance pendant ces années. Nous analyserons comment elles émouvaient les spectateurs par leur choix de costumes symboliques, de gestes physiques et de gestes musicaux, et, en même temps, comment elles utilisaient la chanson patriotique et des symboles nationalistes pour véhiculer une image particulière auprès de leur public. Enfin, en nous appuyant sur des témoignages rétrospectifs parus dans les revues, des articles de presse et des mémoires, nous verrons quel rôle la nostalgie et la mémoire ont joué dans la perception de ces deux chanteuses en tant que les « muses du peuple ».
Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.
Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.
En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.
Titre du colloque :