Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Francis Dolan : UQAM - Université du Québec à Montréal
La philosophie marxiste des années 1960 a été marquée par un vif débat entre, d’un côté, le marxisme humaniste d’Henri Lefebvre et de Roger Garaudy et, de l’autre, le marxisme antihumaniste de Louis Althusser. L’influence existentialiste des uns s’opposait à l’intégration du structuralisme au sein du marxisme des autres. Les rôles et fonctions de l’idéologie, de la subjectivité et de la science au sein de la lutte des classes furent contestés de part et d’autre. Débordant du cadre théorique, ces débats divisèrent la gauche française au niveau organisationnel et stratégique.
Lorsque les événements français de Mai et Juin 1968 ainsi que le soulèvement de Prague survinrent, ces mêmes positions antagonistiques se disputèrent leur sens. Ces événements jouèrent un rôle de premier plan dans la matérialisation de ce clivage théorique et pratique notamment par la constitution d’une Nouvelle gauche et de Nouveaux mouvements sociaux. Comment ces rapports conflictuels, au niveau théorique, furent-ils constitutifs de ces nouvelles réalités politiques concrètes?
L’objectif de cette présentation est premièrement d’aborder cette opposition théorique à partir des principaux protagonistes en accordant une attention particulière au rôle accordé à l’idéologie et à la subjectivité dans la théorie marxiste. Dans un second temps, j’esquisserai une généalogie de ces perspectives théoriques afin de situer les forces et enjeux en présence dans l’émergence de la Nouvelle gauche lors des années 70.
La philosophie politique et les sciences sociales « continentales », ainsi que les idées politiques qui s’en inspirent (comme les féminismes de la 3e vague, les études postcoloniales ou subalternes), font un large usage du concept de « sujet » et de ses dérivés : subjectivité, subjectivation. Il s’agit de placer au centre de la réflexion un concept du sujet compris comme une interruption, un écart, un déplacement d’un dispositif de pouvoir, qui renvoie à une pratique de la résistance, voire à une expérience de la liberté. Jouer la subjectivité/subjectivation contre le « sujet » traditionnel, c’est ainsi demander de quelles possibles institutions elle est porteuse : comment la résistance s’institue-t-elle en un sujet politique, comment penser la consistance temporelle spécifique d’un processus donné de subjectivation, et son institution? Quel est aujourd’hui l’atout théorique de l’usage de la « subjectivité politique » dans la pensée du pouvoir et des normes, et en quoi se distingue-t-elle d’autres propositions contemporaines, comme celles qui privilégient les concepts d’agency ou de self, davantage présentes dans le monde anglo-saxon? Inversement, que laisse-t-elle dans l’ombre, quels en sont les limites et les effets pervers possibles? Ce concept a par ailleurs migré dans d’autres champs du savoir, comme la sociologie, le travail social, la santé ou l’éthique du care. Enfin, il présente l’idée d’un sujet incarné (corps, affects, genres) et ancré dans des pratiques, allant du local au global : on peut donc se demander quelle est sa fécondité en regard des orientations pratiques, voire des politiques publiques qu’il est susceptible d’appuyer ou de critiquer, et aussi quels types d’identité et de vécus politiques il permet d’éclairer ou de produire.
Ce colloque entend explorer ces questions dans le triple domaine de la constitution du sujet, des dispositifs de pouvoir et des potentiels d’émancipation. Son objectif principal consiste à identifier l’origine et à circonscrire les avenues actuelles et la fécondité potentielle du concept de subjectivité politique, et cela, dans différents champs théoriques et pratiques. Il s’agira d’examiner et de discuter les problèmes éthiques, épistémiques, méthodologiques et politiques soulevés par ses usages dans la perspective : 1) de comprendre les tensions et les conflits des transformations sociales en cours à travers la pluralité des formes de subjectivité politique qui s’y manifestent; 2) d’identifier les nouvelles potentialités démocratiques et d’émancipation qui y sont en émergence, et les défis que cela pose pour l’action collective; et 3) de mener une réflexion interdisciplinaire et transdisciplinaire (articulations entre recherche, formation et intervention sur le terrain) renouvelée sur les rapports entre subjectivité et politique dans ce contexte.
Titre du colloque :
Thème du colloque :