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Aurélie Campana : Université Laval
Dans la foulée de l’attaque contre la mosquée de Québec en janvier 2017, nombre d’observateurs ont évoqué une spécificité de l’extrême-droite au Québec. S’il est vrai que certains groupes ont gagné en visibilité ces derniers mois, peut-on dire que le Québec a connu un développement plus marqué de groupes d’extrême-droite que le reste du Canada? S’appuyant sur une recherche de terrain de plus de trois ans, ce papier montre que la thèse d’une expansion du phénomène extrémiste de droite au Québec, alors qu’il serait plus effacé dans les autres provinces, se doit d’être relativisée. Ainsi, les groupes d’extrême-droite sont actifs dans toutes les provinces et ont connu des évolutions semblables, illustrées entre autres par l’apparition de groupes antimusulmans. De plus, cette mouvance est caractérisée dans tout le Canada par sa volatilité et sa fragmentation poussée, tendances qui s’expliquent entre autres par la présence de nombreux courants, des tensions intergénérationnelles ou encore par l’existence d’inimités personnelles et de divergences stratégiques. Il ne s’agit pas de nier une certaine spécificité québécoise, qui se lit d’abord et avant tout dans les stratégies de visibilisation adoptées par certains groupes et dans l’insertion du débat identitaire dans plusieurs des discours produits par ces mêmes groupes. Toutefois toutes les provinces possèdent en quelque sorte une spécificité. La religion joue ainsi un rôle plus structurant sur la scène d’extrême-droite en Alberta qu’ailleurs. Dès lors, ce papier proposera une cartographie des groupes d’extrême-droite au Canada, cartographie qui insistera sur les évolutions récentes qui ont marqué cette mouvance et sur les spécificités de ses expressions province par province. Une telle démarche permettra de revenir sur une définition de cette forme de radicalité et sur les différents courants qui la traversent.
Les radicalités violentes et l’extrémisme revêtent une pluralité de racines idéologiques et de visions du monde. Traditionnellement classés par la littérature scientifique sous la forme d’une typologie, les extrémismes se caractérisent par des motifs, des cadres idéationnels ou encore des généalogies communes. Parmi ces grandes familles, les radicalités violentes et les extrémismes de droite se distinguent par le peu d’intérêt qui leur est accordé à la fois comme objet scientifique et comme objet d’action publique. Derrière cette étiquette d’extrémismes de droite, il existe en réalité une pluralité de mouvements et d’acteurs (néonazis, néofascistes, suprémacistes, ultranationalistes, etc.) qui ne se revendiquent pas tous de la même manière et ne déploient pas leurs activités ou leurs actions, qu’elles soient violentes ou non, selon un même continuum.
Au Canada comme au Québec, peu de chercheurs se sont jusqu’ici intéressés à cette forme d’extrémisme. Il en résulte une littérature spécialisée relativement limitée et majoritairement restreinte à l’extrémisme de droite dans ses formes et ses manifestations les plus violentes et marginales. Si l’extrémisme de droite peut renvoyer à des groupes oppositionnels tels que les groupes skinheads néonazis, les mouvements ultranationalistes ou encore les mouvances suprémacistes, ce phénomène dépasse ces acteurs militants qui opèrent aux marges de l’espace politique et du débat public. Il semble dès lors important d’explorer plus en profondeur la nature et le déploiement des extrémismes de droite qui peuvent s’incarner autant dans des actions violentes spectaculaires que par une violence plus ordinaire et moins perceptible à l’échelle sociale. Afin de cerner ces différents enjeux, le colloque propose des pistes de réflexion et des éclairages autour des extrémismes et des radicalités violentes de droite au Québec et au Canada.
Comment traiter l’aspect définitionnel de la radicalisation violente dans une perspective d’extrémisme de droite? Comment définir les acteurs et les groupes qui composent cette nébuleuse floue de l’extrémisme de droite au Québec et au Canada? Comment les membres de ces groupes s’engagent-ils dans cette mouvance? Quel regard comparé est porté sur les extrémismes de droite au Québec et au Canada en comparaison d’autres espaces (Europe, États-Unis, etc.)? Voilà un éventail de questions qui orientera les discussions et les réflexions des communications présentées dans le cadre de ce colloque.
Cet espace sera l’occasion pour les chercheurs francophones de partager les résultats de leurs travaux et d’évoquer les points de débats et de tensions actuels dans ce domaine. Il s’agira donc d’offrir un espace de réflexivité et de discussion relatif à la problématique décrite, en particulier au Québec.
Titre du colloque :