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Alexis Risler : Université McGill
À la fin du XVIe siècle, la France connaît une grande période d’instabilité politique, alors que les guerres de religion entre Catholiques et Protestants divisent le royaume. Dans ce climat déjà extrêmement tendu, l'invraisemblable se produit : Henri IV, un prince protestant, est proclamé roi en 1589. Malgré sa conversion au catholicisme, son autorité reste contestée jusqu’à son assassinat en 1610. Après une courte régence, Louis XIII prend le pouvoir et le royaume retrouve une certaine stabilité. Dans cette France divisée durant des décennies, comment les musiciens, et particulièrement les luthistes, ont-ils tenté de promouvoir leur carrière? Cette présentation examine les rares livres pour luth imprimés au début du XVIIe siècle, soit Le Trésor d’Orphée (1600) d’Antoine Francisque et les deux recueils (1611 et 1614) de Robert II Ballard. Ces publications paraissent à des moments-clé de la succession au trône de France, et le choix des dédicataires est stratégique. Il s’agit de s’attirer les faveurs d’un personnage influent proche du pouvoir pour éventuellement accéder à un poste prestigieux à la Cour. De plus, en évitant de dédier leurs livres directement au roi, Francisque et Ballard se gardent de prendre explicitement parti dans le conflit politique, position risquée considérant que le vent peut tourner à tout moment. Ils tentent plutôt d’assurer leur ascension sociale par un jeu de coulisses, vaine stratégie puisqu’ils n’arriveront jamais à leurs fins.
Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.
Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.
En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.
Titre du colloque :