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Zoey Cochran : Université McGill
Le dramma per musica du début du XVIIIe siècle est généralement considéré comme une expression directe de l’idéologie de la monarchie absolue (Feldman, 2007 ; Strohm, 1997). Cette position ne tient pas compte des tensions qui émergent dans un contexte de domination étrangère. Dans le Royaume de Naples, de nombreux habitants complotaient contre leurs dirigeants autrichiens et aspiraient à l’indépendance. Par l’étude des premiers opéras de Nicola Porpora (Agrippina, 1708 et Flavio Anicio Olibrio, 1711), je démontre comment ce contexte de domination étrangère contestée peut transformer notre compréhension du rôle politique du dramma per musica.
À première vue, ces opéras semblent se conformer à l’idéologie dominante : ils sont dédiés à des représentants du Saint Empire romain germanique, mettent en scène des sujets tirés de l’Antiquité romaine et se terminent par le couronnement du héros romain. Cependant, ils contiennent aussi de nombreux éléments ambivalents et ambigus. Dans Agrippina, le livret inclut des références à l’invasion de Naples et le héros Germanicus disparaît graduellement de l’opéra. Dans Flavio, le héros romain Olibrio se bat contre Ricimero, roi des Goths, ce qui soulève la question de l’identification ambiguë entre Autrichiens et Romains ou Autrichiens et envahisseurs germaniques de Rome. Loin d’être une expression directe de l’idéologie dominante, les opéras de Porpora présentent une négociation constante entre intégration et résistance.
Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.
Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.
En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.
Titre du colloque :