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Bernard KORAI : Université Laval
Le triomphe du postmodernisme dans les sociétés contemporaines a engendré avec lui l’essor d’un type nouveau de consommateur fort conquérant de son autonomie et désireux de s’affranchir du totalitarisme religieux, des normes et traditions. Ce sujet moderne, pris par le vertige de ses aspirations libertaires, trouve à travers la consommation, un espace de revendications sensualistes, elles-mêmes nourries du désir de réinventer un quotidien en perte de sens et d’authenticité. Sous l’impulsion de ce renouveau ontologique, on assiste, depuis quelques années, à une montée fulgurante de l’individualisation au cœur des activités de consommation. En effet, l’acte de consommer s’inscrit aujourd’hui dans une logique de personnalisation visant à souligner l’unicité d’un consommateur en quête de légitimité identitaire. Cette aspiration à la singularité trouve son point culminant dans la manière dont les individus « consomment » la mort en la dépouillant de sa rigidité sacrale et en l’investissant de nouveaux rituels visant à en diluer la teneur émotive et mythique. Cette communication s’inscrit à la suite des tentatives qui se sont proposées, jusqu’à maintenant, d’identifier les différents « élans » profanes par lesquels les consommateurs en viennent à désacraliser les rituels accompagnant la célébration de la mort à l’ère de la modernité occidentale.
Ce colloque est présenté en collaboration avec la revue Frontières.
Les rites de mort sont encore bien présents dans les sociétés modernisées et remplissent d’inestimables fonctions. Pourtant, le discours ambiant, simplificateur et anxiogène, véhicule l’idée que les rites funéraires disparaissent, ou du moins qu’ils ne seraient plus qu’un reflet de ce qu’ils étaient autrefois. Pourtant, comme pour tous les rites, ceux qui concernent la mort connaissent des mutations considérables. Ils ne disparaissent pas, ils se transforment. En fait, ils sont adaptés aux attentes et aux modes de vie de l’individu contemporain. Les spécialistes des rites (Roberge, Jeffrey, Grimes, Bell, Wulf, Baudry, etc.) ont aussi observé que les activités autour de la mort peuvent être plus ou moins ritualisées, c’est-à-dire plus ou moins formalisées et élaborées, et peuvent avoir une durée plus ou moins longue, évidemment selon les circonstances, les situations sociales et les besoins des personnes et des groupes. À côté de cela, on doit prendre en compte que les croyances religieuses au sujet de la survie de l’âme s’essoufflent, alors que l’épreuve de deuil des survivants devient centrale. Dès lors, les rites de mort sont ajustés aux conceptions actuelles du défunt et du deuil.
Ainsi, on observe, dans la modernité occidentale, une réorganisation des rites de mort. On doit notamment prendre en compte les rites d’accompagnement des mourants à l’hôpital, les rites de commémoration dans des sites Web dédiés aux défunts, les ritualités adaptées à la diversité culturelle, les souhaits du défunt, les nouveaux dialogues avec le défunt, le métissage et la personnalisation des rites de mort, etc. En somme, il n’y a pas une disparition ou un retour de la mort et du deuil, puisque les rites de mort ont été adaptés aux nouvelles situations sociales et à l’esprit du temps. À cet égard, ce colloque vise à rendre compte des nouveaux aménagements dans les rites de mort.
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