Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Sebastien Pesce : Université de Tours
L’étude des discours sur la réflexivité collective en formation initiale et continue des professionnels de l’enseignement et de l’éducation spécialisée en France révèle la prédominance d’une position normative : la réflexivité semble d’abord un outil au service de la professionnalisation, et le processus de professionnalisation est décrit comme la progressive réduction de l’écart entre : d’une part des pratiques supposées bonnes, décrites par des référentiels ; d’autre part les pratiques effectives des enseignants. Si ce discours n’est pas exclusif il est omniprésent.
Cette communication vise à présenter et à analyser des dispositifs de recherche-action-formation (RAF) qui cherchent à rompre avec cette logique normative. Cette volonté de rupture avec la logique des référentiels (qui ne se veut pas totale : il ne s’agit pas de dénoncer le recours aux référentiels dans la formation, mais de mesurer leurs limites, notamment dans certaines situations de formation continue) est le pendant d’une conception de l’agir éducatif : un.e enseignant.e ou un.e éducateur.trice se définit avant tout comme membre d’une communauté, engagé.e avec ses pairs dans l’élaboration de gestes éducatifs qui se veulent des réponses signifiantes à des questions uniques, spécifiques à un terrain particulier. En ce sens on est amené à penser les conditions d’émergence de pratiques, plutôt que « bonnes », « légitimes » (considérées comme telles par une communauté) et « efficaces » (au sens pragmatiste, permettant d’atteindre les objectifs que se sont fixés les acteurs, en répondant aux enjeux repérés). Ces pratiques « légitimes » ne peuvent être dictées par des répertoires de gestes supposés efficaces.
Le premier effet visé par les dispositifs de RAF fondés sur une activité réflexive collective, c’est l’appropriation par les équipes concernées de principes et de méthodes de délibération spécifiques, inspirés notamment de la théorie de l’enquête deweyenne. Les processus structurant la réflexivité sont donc avant tout ceux propres à la délibération et à l’enquête, processus structurés par la progressive détermination de situations critiques, perçues d’abord comme troubles ou confuses. Un autre processus central est le travail des implications, au sens de Lourau, c’est-à-dire la négociation de la distance respective des acteurs aux bases rationnelles de l’action (implication institutionnelle) et à ses bases techniques (implication pratique). Ce travail des implications conditionne l’engagement des acteurs, entendu comme initiation d’un agir collectif articulé au développement du pouvoir d’agir du « groupe d’action » (Bernard), contre la position dépressive qu’implique par définition l’expérience vécue par le « groupe de base » soumis à des injonctions normatives.
De nombreuses formations visent à favoriser la réflexivité (Donnay et Charlier, 2008) dans différents champs professionnels — éducation (Charlier et coll., 2013 ; Tardif et coll., 2012; Vacher, 2015), santé (Ghaye, 2006), psychologie (Scaife, 2010), ingénierie (Rouvrais, 2013). Les deux précédents colloques à l’Acfas (2015, 2016) ont analysé les liens entre réflexivité, expérience déstabilisante et changement d’une part, et réflexivité, compétences, identité d’autre part.
Nous différencions réflexion et réflexivité (Donnay et coll., 2008). Réfléchir, dans le deuxième sens, c’est mettre en mental, adopter une position méta par rapport à la situation, grâce à un système de représentations (souvent le langage). La réflexivité (Schön, 1994) permettrait au praticien d’adopter une posture d’extériorité en se distanciant d’une partie de la situation : la personne regarde la situation de l’extérieur pour tenter de l’objectiver, mais réalise aussi un retour sur elle-même, se regardant agir en situation et analysant les surdéterminations qui contribuent à structurer son rapport à sa pratique et aux acteurs concernés. Cette posture d’extériorité est facilitée par un tiers : personnes ou grilles de lecture.
Les dispositifs de formation à la réflexivité sont nombreux, sans compter ceux non documentés dont la visée est de faire réfléchir, mais qui ne s’affichent pas ainsi (Chaubet et coll., 2016). La réflexivité est souvent pratiquée en groupe selon des méthodologies diverses. Dans le cadre de ce colloque, dans la continuité des deux précédents, nous interrogerons les processus en jeu dans ces situations de formation en groupe, ainsi que les effets de ces dispositifs collectifs. Quels sont les éléments du dispositif collectif qui favorisent la réflexivité? En quoi? Comment? Quelle est la dimension affective de ces processus? Quel est le rôle de l’Autre ou des Autres? Quelles sont les dimensions cognitives, affectives, professionnelles et identitaires touchées?
Titre du colloque :
Thème du colloque :