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Représentations musicales russes de la Pologne : oppression politique et résistance artistique

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Adalyat Issiyeva : Université McGill

Résumé de la communication

Le développement des musiques russe et polonaise est fortement interrelié. Après la guerre contre Napoléon et l’insurrection polonaise de 1830, la question de l’identité russe a été propulsée au premier plan dans les débats entre les différents groupes d’intellectuels russes, parmi lesquels les occidentalistes et les slavophiles. Dans leurs efforts pour créer une identité nationale, les artistes, musiciens et hommes de lettres russes ont construit une « communauté imaginée », partageant une histoire, des héros nationaux et des ennemis de l’État. Après l’insurrection de 1830, le Royaume de Pologne, situé à l’extrême ouest de l’Empire, s’est avéré être le candidat idéal pour le rôle d’ennemi imaginaire de la Russie. Cette vision de la Pologne est illustrée dans deux opéras russes (Une vie pour le Tsar et Boris Godounov) qui mettent en scène le conflit russo-polonais du début du XVIIe siècle. En présentant une image extrêmement négative de la Pologne et des Polonais, ces opéras ont légitimé l’oppression, et ce, dans toutes les périphéries russes.

D’un autre côté, pour l’aristocratie russe, la musique polonaise symbolisait le raffinement culturel, la splendeur cérémoniale – la fierté même de la Russie. Des compositeurs russes (comme Tchaïkovski et Scriabine) et polonais (Szymanowski) échangeaient des idées et s’appropriaient le langage musical les uns des autres, résistant ainsi au discours officiel de haine, de nationalisme et aux stéréotypes négatifs et xénophobes.

Résumé du colloque

Les élections américaines ont récemment amené les relations entre musique et politique sous le feu des projecteurs, que ce soit par les protestations de certains musiciens contre l’emploi de leur musique au cours de la campagne électorale ou par leur refus de jouer lors de l’inauguration du nouveau président. Cette politisation de la musique et des musiciens n’est certes pas nouvelle : l’histoire de la musique est parsemée d’exemples où la musique a joué un rôle politique important, aussi bien en tant qu’outil de propagande instrumentalisé par les autorités qu’en tant qu’élément de résistance revendiqué et transformé par les auditeurs. Si la reconnaissance du potentiel politique de la musique remonte à l’Antiquité (réglementer la musique était l’un des éléments du projet d’État idéal de Platon présenté dans La République), l’intérêt universitaire pour son fonctionnement est relativement récent. D’abord axée sur la recherche d’éléments politiques dans la musique elle-même (souvent sans tenir compte du contexte), la discussion s’est ensuite réorientée pour prendre un tour davantage culturaliste, particulièrement marqué dans les domaines de la musique populaire et de l’ethnomusicologie. L’intérêt pour le rôle politique de la musique sous-tend maintenant une multitude d’études sur tous les genres de musique de toutes les époques, en adoptant une variété de méthodologies; il manque cependant encore une vue d’ensemble qui pourrait émerger d’une mise en commun de ces diverses études de cas et qui mènerait à une compréhension plus profonde de ce qui relie et distingue le rapport entre musique et politique à travers différentes époques.

Afin de créer un pont entre des périodes et des répertoires distincts, le colloque s’articulera en deux grandes parties. Dans la première, chaque présentation investiguera la relation complexe entre les positions politiques des compositeurs et des musiciens, leur musique et la négociation entre ces positions et l’instrumentalisation de la musique par les autorités (dans des cas aussi distincts que la France du 17e siècle ou l’Allemagne nazie). Nous explorerons également en quoi ces positions politiques peuvent se retrouver dans les œuvres musicales en tant que telles. La deuxième partie de la journée sera consacrée à l’étude de la musique dans un contexte d’oppression ou d’inégalité, afin de voir comment la musique peut être un outil à la fois de domination et de résistance, et ce, parfois au sein d’une même œuvre. Le colloque se terminera par un récital commenté qui permettra d’explorer et de ressentir directement certaines problématiques soulevées au cours de la journée.

En réunissant des études qui couvrent une grande variété de répertoires et d’époques ainsi qu’une diversité d’approches théoriques, ce colloque crée un espace de dialogue grâce auquel il devient possible d’esquisser une vue d’ensemble du complexe musique-politique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 12 mai 2017

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