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Gil Labescat
Une des caractéristiques des pratiques funéraires modernes est sa labilité. La personnalisation des funérailles, la popularité des crémations, l’engouement du green burial, l’effervescence des usages numériques face à la mort et la vogue des death selfie sont des pratiques qui questionnent les discours classiques sur les rites de mort. Dans le but de comprendre les modes émergents de ritualisation funéraire à travers le processus funéraire, nous envisageons de développer une troisième voie, celle d’une conception de l’action rituelle relationnelle. C’est en concentrant notre analyse sur la «relationnalité» des contextes de pratiques que nous y parvenons. Notre thèse envisage de saisir les propriétés formelles de la ritualisation funéraire dans la modernité tardive et ainsi, de commencer à identifier les régularités propres à l’action rituelle funéraire elle-même, sui-generis. Après avoir décrit le processus funéraire, c’est-à-dire après avoir dressé les combinaisons opérantes dans le déroulement des cérémonies d’obsèques, nous explicitons les principaux contextes relationnels où se joue la ritualisation. Ainsi, l’approche relationnelle de la ritualisation funéraire que nous préconisons s’arrime de manière complémentaire avec l’analyse des connaissances traditionnelles des rites funéraires.
Ce colloque est présenté en collaboration avec la revue Frontières.
Les rites de mort sont encore bien présents dans les sociétés modernisées et remplissent d’inestimables fonctions. Pourtant, le discours ambiant, simplificateur et anxiogène, véhicule l’idée que les rites funéraires disparaissent, ou du moins qu’ils ne seraient plus qu’un reflet de ce qu’ils étaient autrefois. Pourtant, comme pour tous les rites, ceux qui concernent la mort connaissent des mutations considérables. Ils ne disparaissent pas, ils se transforment. En fait, ils sont adaptés aux attentes et aux modes de vie de l’individu contemporain. Les spécialistes des rites (Roberge, Jeffrey, Grimes, Bell, Wulf, Baudry, etc.) ont aussi observé que les activités autour de la mort peuvent être plus ou moins ritualisées, c’est-à-dire plus ou moins formalisées et élaborées, et peuvent avoir une durée plus ou moins longue, évidemment selon les circonstances, les situations sociales et les besoins des personnes et des groupes. À côté de cela, on doit prendre en compte que les croyances religieuses au sujet de la survie de l’âme s’essoufflent, alors que l’épreuve de deuil des survivants devient centrale. Dès lors, les rites de mort sont ajustés aux conceptions actuelles du défunt et du deuil.
Ainsi, on observe, dans la modernité occidentale, une réorganisation des rites de mort. On doit notamment prendre en compte les rites d’accompagnement des mourants à l’hôpital, les rites de commémoration dans des sites Web dédiés aux défunts, les ritualités adaptées à la diversité culturelle, les souhaits du défunt, les nouveaux dialogues avec le défunt, le métissage et la personnalisation des rites de mort, etc. En somme, il n’y a pas une disparition ou un retour de la mort et du deuil, puisque les rites de mort ont été adaptés aux nouvelles situations sociales et à l’esprit du temps. À cet égard, ce colloque vise à rendre compte des nouveaux aménagements dans les rites de mort.
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