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Bertrand Lavoie : Université de Sherbrooke
Le concept de conscience du droit renvoie à la compréhension du droit que des individus peuvent avoir quotidiennement. Il revêt une dimension critique importante, à savoir la remise en question de l’hégémonie du droit, en envisageant une marge de manœuvre plus conséquente pour l’acteur vis-à-vis des normes. Développé au sein des études sociojuridiques américaines (Ewick et Silbey, 1998; Engel, 1998), ce concept est pourtant peu présent dans la littérature francophone en sociologie du droit.
L’objectif de cette communication est double. Dans un premier temps, nous présenterons les principaux avantages, sur le plan théorique, découlant de l’utilisation du concept de conscience du droit. On peut dire qu’une des finalités savantes de son utilisation est de redonner au sujet de droit la pleine capacité d’agir et d’interagir avec les normes. Dans un deuxième temps, nous explorerons les limites de ce concept en contexte de diversité culturelle et religieuse, où les phénomènes d’internormativité se déploient de manière plus explicite. Nous pensons que l’utilisation de ce concept devrait être revisitée, afin de rendre compte des situations où des individus se sentent liés à plus d’une normativité à la fois, notamment lorsqu’il est questions d’enjeux qui concernent le droit et la religion.
Il y a plusieurs bonnes raisons de considérer le « droit » comme un phénomène constitutif de la réalité sociale : sa centralité eu égard à la mise en forme du lien social, sa pérennité quant à la résolution des conflits publics et privés, son omniprésence dans la sphère médiatique au gré de l’actualité juridique, etc. Ces divers aspects portent à penser que le droit est un révélateur incontournable pour observer les changements sociaux et un analyseur inestimable pour comprendre le monde social.
Curieusement, les sociologues de la francophonie peinent à constituer les phénomènes juridiques comme un objet d’étude « normal », de même qu’à reconnaître la sociologie du droit comme un champ de recherche « porteur ». La parution récente d’un ouvrage collectif intitulé Les sociologies françaises : Héritages et perspectives (1960-2010) (PUR, 2015) offre un exemple de cette situation; parmi les 15 « sociologies spécialisées » répertoriées, la « sociologie du droit » brille par son absence. Cette situation est d’autant plus étrange que les fondateurs de la discipline (Durkheim, Weber, etc.) ont observé le droit pour éclairer la constitution, l’institution et la transformation de la société moderne.
Force est en revanche d’entrevoir que les travaux qui érigent le droit en objet sociologique se multiplient aujourd’hui dans la francophonie. D’où l’intérêt de prendre acte de la recherche actuellement produite dans le champ de la sociologie du droit au Québec et en France. Pour ce faire, le colloque proposé s’organisera autour de cinq axes d’interrogation : 1) Quels thèmes retiennent l’attention des chercheurs?; 2) Quels terrains empiriques investissent-ils pour les explorer?; 3) Quels concepts et quelles méthodes mobilisent-ils afin de les éclairer sociologiquement?; 4) Quels sont les apports de ces recherches à la compréhension du monde social?; et 5) Quelles sont les perspectives d’avenir de la sociologie du droit en francophonie?
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