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Joëlle Magar : UQAM - Université du Québec à Montréal
Afin de comprendre comment se perpétuent les inégalités dans l’espace scolaire malgré les intentions manifestes des acteurs et actrices de l’école d’aller à leur encontre, il importe d’analyser par quels moyens les rapports sociaux s’y matérialisent. L’enquête ethnographique dont il est question dans cette intervention a permis de mettre en évidence comment « se fait » le genre (West, Fenstermaker 1995) à l’école par et avec les autres rapports sociaux qui s’y imbriquent (Kergoat 2001). Menée dans des établissements scolaires en France et au Québec entre 2013 et 2016, la perspective comparative met en évidence les mécanismes d’invisibilisation et de naturalisation des rapports de domination qui structurent le champ scolaire. Par l’étude fine des interactions, des dispositifs et des encadrements institutionnels, il est possible de procéder à une véritable enquête sur la circulation du pouvoir à l’école, soit sa microphysique (Foucault 1975). Les résultats de cette démarche conduisent à réinscrire le geste éducatif dans sa dimension politique et à tracer des pistes concernant la formation des acteurs et des actrices de l’éducation ancrées dans les pratiques de la pédagogie critique.
Organisé sous l’égide du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), le colloque a pour sujet la persistance et les reconfigurations des formes de discrimination dans le champ de l’éducation et de l’enseignement. Dans un contexte où les établissements d’enseignement sont soumis à des impératifs de productivité et des logiques de concurrence, où les inégalités sont naturalisées via des concepts empruntés aux neurosciences au détriment d’une approche sociologique, mais aussi par la prégnance des discours masculinistes et la dénégation des discriminations liées à l’origine ou au sexe, les exposés et les discussions de ce colloque visent à faire avancer la réflexion logée au cœur des questions suivantes : comment se doter des outils critiques propices à l’élaboration d’un cadre éducatif porteur d’émancipation? Comment générer un processus de conscientisation du corps enseignant qui prenne en compte les positions des uns et des autres dans les rapports sociaux? Comment actualiser les positionnements qui peuvent en découler? Enfin, quelles sont les pratiques pédagogiques à implanter pour favoriser une meilleure compréhension de la dynamique des rapports sociaux, de même que le développement d’une position réflexive sur les effets des différents rapports de pouvoir à l’œuvre dans le champ de l’éducation et de l’enseignement?
Dans la dernière partie du colloque, sous le thème « Savoirs, pratiques et défis : faire de la recherche et de l’enseignement féministes dans différents contextes », une invitation est lancée à tous ceux et celles qui souhaitent participer à un échange sur les enjeux et les défis que rencontrent les enseignants et enseignantes en études féministes, et à ceux et celles qui inscrivent une perspective féministe ou de genre dans leur enseignement. Nous y discuterons des questions suivantes : quels sont vos plus importants défis comme chercheures et enseignantes féministes, en considérant votre ancrage géographique et institutionnel? Quels sont les problèmes et enjeux spécifiques qui, selon vous, font actuellement obstacle au développement des études et de la recherche féministes? Et, enfin, quelles stratégies vous semblent les plus efficaces pour les surmonter?
Par ailleurs, peu de recherches ont été menées à ce jour au sujet de l’intégration de la classe virtuelle dans les pratiques d’enseignement féministe. Une question s’impose dans ce cas : comment envisager le développement de l’enseignement en ligne pour offrir des solutions aux problèmes structurels et aux défis éducationnels auxquels font face les femmes, surtout hors des grandes villes universitaires? Ou encore, quel peut être l’apport de l’enseignement en ligne pour les études féministes au regard des formules pédagogiques et du rôle très important du groupe dans les cours en études féministes?