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Gilles Bangerter : Haute École de Santé Vaud
Le modèle de Lausanne tend à s’imposer actuellement comme référence en matière d'intervention interprofessionnelle en santé en général. Ce modèle postule qu’« aucune profession ne possède à elle seule toute l’expertise requise pour répondre de manière satisfaisante et efficace à la gamme complexe des besoins de nombreux usagers des services de santé » (Gachoud et al., 2017). La formation par pratique simulée dans le cadre de la formation des ambulanciers privilégie l’acquisition par ce moyen de certaines des compétences propres à la profession infirmière. Les pratiques simulées n’exigent pas de mettre en collaboration les infirmiers et les élèves ambulanciers, comme le suggérerait le modèle de Lausanne. Au contraire, les élèves ambulanciers reçoivent quatre heures de formation théorique avant d’être mis en situation d’urgence psychiatrique dans un appartement fictif. Le polymorphisme est, dans ce cas de figure, plutôt relatif en ce qu’il ne mobilise pas impérativement les autres professionnels et se satisfait d’en emprunter certaines compétences. Cette communication a pour but d’interroger la tension entre ces deux approches et de dégager des pistes possibles pour affiner le modèle didactique utilisé jusqu’alors, afin qu’il tienne mieux compte de cette polymorphie. L’analyse s’articulera autour de séquences vidéos tournées lors d’une formation mobilisant la pratique simulée à l’école supérieure d’ambulanciers de Lausanne ES-ASUR.
Les personnes composant avec des problèmes de santé mentale ou avec un handicap intellectuel et qui adoptent des comportements dits problématiques sont susceptibles de subir un processus d’exclusion sociale au sein d’espaces hétérotopiques (Foucault, 1967). Ces espaces sont variés et peuvent, par exemple, se reporter à la rue, à l’unité psychiatrique ou à la prison. Indépendamment de la volonté des acteurs, la judiciarisation de ces personnes prend la forme d’une conséquence non intentionnelle (Giddens, 1987). Ce phénomène semble inéluctable. Devant ce problème, qui souligne les limites du travail institutionnel disciplinaire cloisonné, les acteurs mobilisés reconnaissent la nécessité de croiser leurs « mondes » (Linder, Meyer et Skuza, 2016) et de repenser leurs modes d’intervention dans une posture collaborative. Par exemple, des tribunaux « spéciaux » se réclament d’une justice thérapeutique (Dumais Michaud, 2017), les agents correctionnels se détournent du modèle punitif pour se redéfinir en facilitateur de réinsertion sociale, le travail policier s’inspire de l’approche psychosociale et les agents caritatifs adoptent un rôle parfois disciplinaire. Ces approches forment ainsi un vaste réseau de prise en charge de la crise psychique et s’interrogent sur la nature du rapport que les intervenants entretiennent à l’égard de leurs propres interventions. Ce portrait témoigne des interactions entre les normes du droit et ses normes de réalisation (Agamben, 1998; 2003). Or, une sous-problématisation du lien unissant ces pôles normatifs peut avoir pour effet de favoriser « l’abandon du vivant au droit » (Agamben, 1998; 2003, p.10). Quels sont les effets potentiels issus du croisement de ces modes d’intervention? Assistons-nous à l’émergence de disciplines hybrides propres à l’interface sociojudiciaire? En adoptant une perspective pluraliste et interdisciplinaire, ce colloque propose de réfléchir aux réponses probables qu’il est possible de formuler.
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