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Intervention psychosociale, contraintes normatives et institutions judiciaires et pénales

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Stéphane Handfield : Université de Montréal

Résumé de la communication

Prenons le cas d'un intervenant psychosocial accompagnant une personne catégorisée comme ayant une déficience intellectuelle et étant enlisée dans diverses problématiques, dont la précarité de logement, les problèmes de santé mentale, la toxicomanie. Cet intervenant fonde son accompagnement sur une posture pragmatique de réduction des méfaits où il évite de faire sentir à la personne accompagnée qu'il désapprouve certaines de ses décisions ou certains de ses comportements. Toutefois, lorsque cette dernière est judiciarisée, les institutions judiciaire et pénale se révèlent à la fois (1) favoriser et (2) renforcer une posture d'intervention normalisante. En effet, (1) malgré le désir de l’intervenant d'éviter le plus possible d'appliquer des contraintes normatives, il est concrètement impossible pour lui de favoriser le développement du bien-être d'une personne marginalisée sans renforcer ces contraintes normatives. Les personnes sont effectivement régulièrement judiciarisées sur la base de la déviance, et non pas de la dangerosité, qu'elles représentent. Ensuite, (2) l'intervenant peut, lors de désaccords avec la personne accompagnée par rapport aux démarches à entreprendre, avoir recours aux institutions judiciaire et pénale pour que soient imposées à la personne des contraintes normatives qu'il ne peut lui-même appliquer sans mettre en péril un lien de confiance établi sur la base du respect de la perspective et de l'autodétermination de la personne.

Résumé du colloque

Les personnes composant avec des problèmes de santé mentale ou avec un handicap intellectuel et qui adoptent des comportements dits problématiques sont susceptibles de subir un processus d’exclusion sociale au sein d’espaces hétérotopiques (Foucault, 1967). Ces espaces sont variés et peuvent, par exemple, se reporter à la rue, à l’unité psychiatrique ou à la prison. Indépendamment de la volonté des acteurs, la judiciarisation de ces personnes prend la forme d’une conséquence non intentionnelle (Giddens, 1987). Ce phénomène semble inéluctable. Devant ce problème, qui souligne les limites du travail institutionnel disciplinaire cloisonné, les acteurs mobilisés reconnaissent la nécessité de croiser leurs « mondes » (Linder, Meyer et Skuza, 2016) et de repenser leurs modes d’intervention dans une posture collaborative. Par exemple, des tribunaux « spéciaux » se réclament d’une justice thérapeutique (Dumais Michaud, 2017), les agents correctionnels se détournent du modèle punitif pour se redéfinir en facilitateur de réinsertion sociale, le travail policier s’inspire de l’approche psychosociale et les agents caritatifs adoptent un rôle parfois disciplinaire. Ces approches forment ainsi un vaste réseau de prise en charge de la crise psychique et s’interrogent sur la nature du rapport que les intervenants entretiennent à l’égard de leurs propres interventions. Ce portrait témoigne des interactions entre les normes du droit et ses normes de réalisation (Agamben, 1998; 2003). Or, une sous-problématisation du lien unissant ces pôles normatifs peut avoir pour effet de favoriser « l’abandon du vivant au droit » (Agamben, 1998; 2003, p.10). Quels sont les effets potentiels issus du croisement de ces modes d’intervention? Assistons-nous à l’émergence de disciplines hybrides propres à l’interface sociojudiciaire? En adoptant une perspective pluraliste et interdisciplinaire, ce colloque propose de réfléchir aux réponses probables qu’il est possible de formuler.

Contexte

section icon Thème du congrès 2018 (86e édition) :
Célébrer la pensée libre
section icon Date : 7 mai 2018

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