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Monica Grigore : Université de Montréal
Autrefois remplies au maximum, les églises catholiques du Québec sont aujourd’hui désertées par leurs fidèles et financièrement asséchées. Sans le support d’une communauté active, beaucoup d’églises n’ont eu d’autre choix que de trouver une nouvelle vocation. Elles ont été transformées en espaces résidentiels ou institutionnels entrant ainsi en ce qui pourrait être conceptualisé comme un ordre séculier. Certaines églises ont cependant réussi à retarder cette transformation majeure en partageant leur espace avec une autre communauté religieuse. C’est le cas de l’église Saint-Pierre à Montréal. Depuis 2015, le bâtiment historique de cette église accueille deux communautés chrétiennes : l’une est catholique francophone et l’autre est orthodoxe roumaine. À première vue, aucune tension ne trouble pas la vie ensemble de ces deux communautés. Toutefois, le regard posé sur la relation entre les individus et les artéfacts religieux dépeint une image légèrement différente. En partant de l’observation participante faite à l’église Saint-Pierre et des entretiens réalisés avec les responsables religieux et des fidèles catholiques et orthodoxes en 2016 et 2017, j’explore les récits qui entourent la présence et l’absence d’un artéfact religieux, la crèche de Noël, afin de comprendre comment le partage de l’espace religieux est vécu par les deux communautés et comment chaque groupe cherche à préserver son identité et à coexister avec l’autre.
En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé). Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.
Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).
Références :
Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.
Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.
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