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Yan Sénéchal : Université de Montréal
La « sociologie du droit » est un champ scientifique nébuleux au Québec. Cette nébulosité s’explique, en partie du moins, par l’absence quasi-totale de recherches portant sur la constitution et le déploiement de ce champ. Afin de contribuer à l’avancement des connaissances relativement à la construction du champ de la sociologie du droit au Québec, la présente communication se propose d’ouvrir un chantier de recherche, parmi d’autres possibles, autour d’un adage méconnu de la pensée juridique au Québec, nommément « le droit ‘comme’ science sociale ». La pertinence de la problématisation de cet adage s’explique par les questions qu’elle conduit à formuler et qui concernent directement le champ de la sociologie du droit, lui qui est scindé entre les contributions des juristes et celles de sociologues. Qu’est-ce que cet adage ? De quel « droit » s’agit-il ? En quel sens ce droit peut-il être considéré comme une « science » ? Pourquoi serait-il une science « sociale » ? À la lumière d’une recherche exploratoire, cette communication sera organisée suivant deux axes. Il s’agira tout d’abord de présenter trois terrains empiriques où a pu être observé la présence de cet adage de la pensée juridique au Québec. Il s’agira ensuite de proposer un éclairage théorique, pour préciser la signification de cet adage, ainsi que pour identifier les enjeux qu’il pose à la sociologie du droit.
Il y a plusieurs bonnes raisons de considérer le « droit » comme un phénomène constitutif de la réalité sociale : sa centralité eu égard à la mise en forme du lien social, sa pérennité quant à la résolution des conflits publics et privés, son omniprésence dans la sphère médiatique au gré de l’actualité juridique, etc. Ces divers aspects portent à penser que le droit est un révélateur incontournable pour observer les changements sociaux et un analyseur inestimable pour comprendre le monde social.
Curieusement, les sociologues de la francophonie peinent à constituer les phénomènes juridiques comme un objet d’étude « normal », de même qu’à reconnaître la sociologie du droit comme un champ de recherche « porteur ». La parution récente d’un ouvrage collectif intitulé Les sociologies françaises : Héritages et perspectives (1960-2010) (PUR, 2015) offre un exemple de cette situation; parmi les 15 « sociologies spécialisées » répertoriées, la « sociologie du droit » brille par son absence. Cette situation est d’autant plus étrange que les fondateurs de la discipline (Durkheim, Weber, etc.) ont observé le droit pour éclairer la constitution, l’institution et la transformation de la société moderne.
Force est en revanche d’entrevoir que les travaux qui érigent le droit en objet sociologique se multiplient aujourd’hui dans la francophonie. D’où l’intérêt de prendre acte de la recherche actuellement produite dans le champ de la sociologie du droit au Québec et en France. Pour ce faire, le colloque proposé s’organisera autour de cinq axes d’interrogation : 1) Quels thèmes retiennent l’attention des chercheurs?; 2) Quels terrains empiriques investissent-ils pour les explorer?; 3) Quels concepts et quelles méthodes mobilisent-ils afin de les éclairer sociologiquement?; 4) Quels sont les apports de ces recherches à la compréhension du monde social?; et 5) Quelles sont les perspectives d’avenir de la sociologie du droit en francophonie?
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