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Frédéric Castel : UQAM - Université du Québec à Montréal
Alors que les recherches portant sur les musulmans du Québec évoquent régulièrement le rapport aux mosquées, telle une inévitable référence communautaire, bien peu d’études se concentrent sur le réseau des lieux de culte en tant que tel.
À travers plusieurs années de recherches consacrées aux musulmans québécois nous avons dressé un inventaire des 140 lieux de culte en vue d’esquisser un portrait global de ces derniers qui incluent les salles de prière publiques, les divers types de «centres islamiques» (à fonction communautaire et cultuelle) et les mosquées. Impliquant des méthodes quantitatives et qualitatives les données recueillies comprennent l’année de fondation des associations cultuelles, le nombre de places, l’éventail des activités et les types de populations (ethnicité, confessions).
Dans note exposé, à l’aide de la méthode cartographique, nous mesurerons d’abord la croissance spatiotemporelle des sites à l’échelle québécoise. Ensuite, à l’échelle de Montréal et de Québec, nous analyserons le sens de la spatialisation des centres selon les obédiences confessionnelles (sunnites, chiites, soufies, etc.) tout en tenant compte de la composition ethnique locale. Enfin, nous observerons la variété des modèles de bâtiments. Au terme de ces exercices, on sera en mesure de cerner les grandes tendances qui se dégagent à travers l’ensemble des phénomènes religieux, sociaux, économiques et urbanistiques engagés.
En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé). Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.
Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).
Références :
Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.
Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.
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