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Emmanuelle Bernheim : Université d'Ottawa
Le diagnostic psychiatrique est un puissant facteur de localisation sociale, surtout quand il est associé à des mesures coercitives telles que l'internement. Justifiées par des arguments sécuritaires, les mesures coercitives ajoutent à la marginalisation que vivent les personnes vivant avec des troubles mentaux, en plus de décrédibiliser leur parole et leur expérience. Il n'est alors pas surprenant de constater que de nombreuses femmes internées en psychiatrie rapportent se faire ensuite retirer leurs enfants par les services de protection de la jeunesse.
À partir d'entretiens de type « parcours de vie » menés avec des femmes au prise avec cette réalité, cette présentation sera structurée en trois points: d'abord l'expérience et la compréhension du contact avec la Chambre de la jeunesse; ensuite, l'image du droit et de la justice issue de cette expérience, notamment en tant que ressource ou non; finalement, la réinterprétation de l'expérience à la lumière de la condition psychiatrique.
Il y a plusieurs bonnes raisons de considérer le « droit » comme un phénomène constitutif de la réalité sociale : sa centralité eu égard à la mise en forme du lien social, sa pérennité quant à la résolution des conflits publics et privés, son omniprésence dans la sphère médiatique au gré de l’actualité juridique, etc. Ces divers aspects portent à penser que le droit est un révélateur incontournable pour observer les changements sociaux et un analyseur inestimable pour comprendre le monde social.
Curieusement, les sociologues de la francophonie peinent à constituer les phénomènes juridiques comme un objet d’étude « normal », de même qu’à reconnaître la sociologie du droit comme un champ de recherche « porteur ». La parution récente d’un ouvrage collectif intitulé Les sociologies françaises : Héritages et perspectives (1960-2010) (PUR, 2015) offre un exemple de cette situation; parmi les 15 « sociologies spécialisées » répertoriées, la « sociologie du droit » brille par son absence. Cette situation est d’autant plus étrange que les fondateurs de la discipline (Durkheim, Weber, etc.) ont observé le droit pour éclairer la constitution, l’institution et la transformation de la société moderne.
Force est en revanche d’entrevoir que les travaux qui érigent le droit en objet sociologique se multiplient aujourd’hui dans la francophonie. D’où l’intérêt de prendre acte de la recherche actuellement produite dans le champ de la sociologie du droit au Québec et en France. Pour ce faire, le colloque proposé s’organisera autour de cinq axes d’interrogation : 1) Quels thèmes retiennent l’attention des chercheurs?; 2) Quels terrains empiriques investissent-ils pour les explorer?; 3) Quels concepts et quelles méthodes mobilisent-ils afin de les éclairer sociologiquement?; 4) Quels sont les apports de ces recherches à la compréhension du monde social?; et 5) Quelles sont les perspectives d’avenir de la sociologie du droit en francophonie?
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