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Mathieu Isabel : Université McGill
Les interventions médico-sociales avec des populations dites « vulnérables » invitent à une réflexion sur la définition même de la vulnérabilité. Cette présentation explorera une vision sociale de la vulnérabilité. En effet, une lecture systémique élargie, au delà de l'aspect individuel de "l’être vulnérabilisé"(Soulet 2008), tout comme un angle théorique relationnel, plutôt qu'une analyse centrée sur l'individu (Damon 2002), permettent une lecture différente des enjeux propres à la vulnérabilité. Basée sur les résultats d’un terrain de recherche de trois mois dans le cadre d’une maîtrise en anthropologie médicale, cette présentation relatera l'ethnographie que j'ai réalisée dans un centre d'hébergement d'urgence pour hommes en situation d'itinérance à Marseille (France). Je partagerai d'abord les enjeux de postures identitaires auxquels j'ai été confronté de par ma double formation de médecin (bien que n'ayant pas pratiqué à Marseille) et de jeune chercheur. Tout particulièrement, je me suis attardé à la question de qui est réellement vulnérable en contexte de vulnérabilité, en ciblant surtout mes observations sur les intervenant.es de ce centre d'hébergement. À l'aide de données empiriques, j'explorerai aussi le concept de la nature circulatoire des vulnérabilités (Lévy-Vroelant, Joubert et Reinprecht 2015), à savoir une diffusion de l'impuissance et des difficultés d'action entre les individus «vulnérables» et les intervenants chargés de les accompagner.
Depuis sa création, l’Association pour la recherche qualitative (ARQ) participe à la compréhension des phénomènes sociaux en mobilisant une réflexion autour de considérations théoriques et épistémologiques relatives aux méthodes qualitatives. Les colloques qu’elle a organisés ont affiché une sensibilité aux contextes, aux conjonctures et, surtout, aux acteurs sociaux auprès desquels les chercheurs qualitatifs exercent leur métier. Pour cet événement, l’ARQ veut poursuivre une réflexion portant sur les investigations auprès de populations en contexte de vulnérabilité économique et sociale, soit un axe privilégié du Centre d’étude et de recherche sur les transitions et les apprentissages (CERTA), organisme auquel elle s’associe. Le spectre des populations, familles ou encore organisations qualifiées de vulnérables est large : il peut s’agir de personnes en situation de précarité, de jeunes sans emploi, d’individus ou de familles issus de groupes ethniques minoritaires, de personnes en situation de handicap, de minorités sexuelles, d’aînés, etc. La notion de vulnérabilité est vue comme étant relative, cumulative et multidimensionnelle (Armoogum et al., 2012; De Luca Barrusse, 2012). Faisant écho aux notions de précarité, d’exclusion et de désaffiliation (Castel, 1995), elle devient le produit de processus qui s’inscrivent dans le temps et qui sont truffés de transitions et de bifurcations biographiques (Bourdon, Cournoyer et Charbonneau, 2012; Châtel et Soulet, 2003).
Ce colloque vise ainsi à réfléchir aux ajustements mutuels et influences réciproques entre chercheurs qualitatifs et populations en contexte de vulnérabilité économique et sociale, afin d’examiner comment ils s’influencent mutuellement. Comme axes de réflexion, nous proposons aux contributeurs la définition de l’objet de préoccupation mutuelle; la négociation des positions et des identités; la disponibilité au terrain d’enquête; et, enfin, les considérations éthiques et les conséquences sociopolitiques.
Titre du colloque :