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Réflexion dans le champ clinique de l’intervention de crise, en partant de notre expérience d’intervenante de crise en Centre d’intervention de Crise (CIC) à Montréal

CD

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Carole Dupeyras : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

La manière d’élaborer le travail clinique en CIC s’est opposée depuis ses fondements à une psychiatrie plus traditionnelle, qui porte son regard principalement sur les symptômes visibles de la crise et y répond bien souvent par un traitement pharmacologique (Péladeau, Mercier et Couture, 1991; De Coulon, 1999; Rodriguez, Corin et Poirel, 2001 ; Cossette, 2006 ). Ainsi, les CIC se posent aujourd’hui comme une alternative de premier choix face à l’hospitalisation et à la contention physique et chimique lorsqu’une personne traverse une période de détresse psychologique, liée (ou non) à un trouble de santé mentale.

Ce constat nous a amenés à nous questionner sur la tendance des interventions et traitements produits dans une perspective biomédicale, à vouloir étouffer le « dérangeant » plutôt que de prévenir le « dangereux » pour la personne en situation de crise et son entourage (Otero, 2007). A l’inverse, le regard psychanalytique en intervention de crise nous apparait porteur d’une capacité à penser (et à panser) la crise, en s’intéressant notamment au vécu expérientiel de la personne et au sens qu’elle va donner à sa détresse (Kaës, 1979).

Ainsi, notre communication vise à partager la manière dont peut s’envisager le travail d’élaboration de la crise et ses issues en CIC, à partir d’un cadre d’intervention psychanalytique. Egalement, nous tenterons de rendre compte des portées, des limites et des défis qui s’imposent à la pratique actuelle en CIC.

Résumé du colloque

Les personnes composant avec des problèmes de santé mentale ou avec un handicap intellectuel et qui adoptent des comportements dits problématiques sont susceptibles de subir un processus d’exclusion sociale au sein d’espaces hétérotopiques (Foucault, 1967). Ces espaces sont variés et peuvent, par exemple, se reporter à la rue, à l’unité psychiatrique ou à la prison. Indépendamment de la volonté des acteurs, la judiciarisation de ces personnes prend la forme d’une conséquence non intentionnelle (Giddens, 1987). Ce phénomène semble inéluctable. Devant ce problème, qui souligne les limites du travail institutionnel disciplinaire cloisonné, les acteurs mobilisés reconnaissent la nécessité de croiser leurs « mondes » (Linder, Meyer et Skuza, 2016) et de repenser leurs modes d’intervention dans une posture collaborative. Par exemple, des tribunaux « spéciaux » se réclament d’une justice thérapeutique (Dumais Michaud, 2017), les agents correctionnels se détournent du modèle punitif pour se redéfinir en facilitateur de réinsertion sociale, le travail policier s’inspire de l’approche psychosociale et les agents caritatifs adoptent un rôle parfois disciplinaire. Ces approches forment ainsi un vaste réseau de prise en charge de la crise psychique et s’interrogent sur la nature du rapport que les intervenants entretiennent à l’égard de leurs propres interventions. Ce portrait témoigne des interactions entre les normes du droit et ses normes de réalisation (Agamben, 1998; 2003). Or, une sous-problématisation du lien unissant ces pôles normatifs peut avoir pour effet de favoriser « l’abandon du vivant au droit » (Agamben, 1998; 2003, p.10). Quels sont les effets potentiels issus du croisement de ces modes d’intervention? Assistons-nous à l’émergence de disciplines hybrides propres à l’interface sociojudiciaire? En adoptant une perspective pluraliste et interdisciplinaire, ce colloque propose de réfléchir aux réponses probables qu’il est possible de formuler.

Contexte

section icon Thème du congrès 2018 (86e édition) :
Célébrer la pensée libre
section icon Date : 7 mai 2018

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