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Valentina Gaddi : Université de Montréal
Si les enjeux de cohabitation entre hassidim et non-hassidim dans l’arrondissement d’Outremont font l’objet de plusieurs recherches, ce qui se passe dans le quartier adjacent du Mile End est très peu connu. Avec ses cafés à la mode et ses ateliers d’artistes, le Mile End est plutôt vu comme le symbole d’une « montréalité » en devenir, un espace de cohabitation entre personnes d’origine, de classe et d’âge différents. Ses habitants, entre autres les artistes ou les hassidim, peuvent cependant être les victimes de ce succès en raison de l’embourgeoisement du quartier et de la hausse des prix des logements qui s’en suit. De quelle façon hipsters et hassidim sont-ils affectés par ce problème, et comment y font-ils face ?
Cette présentation propose de répondre à ces questions en prenant appui sur l’étude de cas de l’édifice Bovril. Depuis 2013, grâce à une entente entre l’arrondissement et la communauté Skver, cette ancienne usine partage ses espaces entre la communauté hassidique qu’y possède une école primaire, une garderie et une bibliothèque, et des artistes du quartier, qui y ont leurs ateliers.
Après une première partie consacrée à la contextualisation socio historique du Mile End, une deuxième partie sera dédiée à l’exploration des enjeux de la gentrification et de ses effets, notamment sur les hipsters et les hassidim. Troisièmement, le cas de l’édifice Bovril sera illustré à partir des observations et des entrevues menées avec certains utilisateurs de cet espace.
En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé). Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.
Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).
Références :
Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.
Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.
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