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Iconisation de l'ours blanc en martyr animal ou le retour d'une " animalité humanitaire "

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Vincent Lavoie : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Figure totémique, source de subsistance, motif de légendes, objet de curiosité scientifique ou trophée de chasse, l’ours polaire devient à la fin des années 2000 un symbole fort du réchauffement climatique. Au printemps 2008, après valse-hésitation, l’administration Bush accepte d’inscrire le plantigrade sur la liste des espèces menacées du Endangered Species Act (ESA), mais sans pour autant y reconnaître l’incidence des changements climatiques sur sa raréfaction. C’est alors que l’animal s’impose comme icône, à la faveur d’une imagerie médiatique insistant sur l’étiolement de la banquise comme métonymie de la disparition de l’espèce. C’est à l’analyse de cette récente iconisation du martyre de l’animal-sujet que cette communication est consacrée. Ces images de souffrance reconduisent les rhétoriques visuelles de la représentation humanitaire, laquelle s’est caractérisée par la mise en exergue d’un sujet en détresse, nu, extrait de son cadre social, dépourvu de ses attributs culturels, un sujet purement biologique, en fait un animal (Vollaire, 1995). La représentation humanitaire a été qualifiée d’antihumaniste justement au prétexte qu’elle réduisait l’homme à sa stricte animalité (Redeker, 1994). Quel statut accorder à cette « animalité humanitaire » dans les images de l’agonie animale, sachant que l’antihumanisme est parfois invoqué afin de minimiser la portée de la souffrance des bêtes ? Quelles sont les icônes de ce nouvel oxymoron ?

Résumé du colloque

La mort ou la disparition des animaux soulève aujourd’hui des enjeux éthiques, juridiques, politiques, sanitaires, affectifs et économiques cruciaux. Conditions d’abattage des animaux d’élevage, dénonciation de la surpêche, introduction de la notion de sensibilité animale dans les textes juridiques, émotion suscitée par le « meurtre » d’un rhinocéros du zoo de Beauval en France afin de dérober sa corne… il ne se passe pas un jour sans que s’impose dans le débat public et les médias l’idée que nous serions confrontés à un véritable « problème animal ». L’une des raisons des sensibilités actuelles à la condition animale est certainement le caractère inédit et parfois irréversible des pressions que les sociétés contemporaines, industrialisées, urbanisées, globalisées et technicisées font peser sur le vivant. Ce colloque entend explorer la multiplicité et les transformations des morts animales dans les sociétés d’aujourd’hui. En partant de diverses catégories d’animaux (de rente, de ferme, d’assistance, de compagnie, de spectacle, d’expérimentation, de refuge, de zoo, sauvages, « nuisibles » ou « indésirables », etc.), il s’agira d’examiner la confrontation avec différents types et contextes de mort des animaux.

Ce colloque, qui réunira chercheurs et étudiants, a pour objectif de présenter les formes de la mort animale telles qu’envisagées et pratiquées dans divers contextes culturels, selon des imaginaires et traditions (religion et ritualité, pratiques économiques et écologiques, etc.) variés, parmi lesquels figurent la chasse ou le sacrifice (De Heusch, 1986; Cartry, 1987; Bonte et al., 1999; Givre, 2015). Il sera l’occasion d’aborder les diverses modalités de la « fin des bêtes » (Rémy, 2009) que sont l’euthanasie, l’abattage, l’expérimentation, l’élimination sanitaire, etc., ou encore l’ensemble des contextes sociaux (et historiques) des morts animales (guerres, combats, jeux, etc.), ainsi que les représentations, usages et conflits dont elles font fréquemment l’objet.

Contexte

section icon Thème du congrès 2018 (86e édition) :
Célébrer la pensée libre
section icon Date : 8 mai 2018

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