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Jessica Roda
Pour de nombreux groupes pieux, la famille, la sexualité et le genre représentent trois piliers fondamentaux de leur vie religieuse. Dans le contexte des groupes ultrareligieux, ces piliers sont souvent matérialisés par la ségrégation des sexes, où la socialisation se produit rarement avec le sexe opposé. Dans le cas des juifs hassidiques, qui cherchent à se distancer de la société dominante, cette séparation commence à un âge précoce, aboutissant à une société ségrégée de genre. Dans un tel contexte, on peut se demander comment cette dynamique binaire entre relations hétérosexuelles en tant que norme et interaction sociale exclusive avec des individus de même sexe affecte la construction des catégories du sexe, de la sexualité et du désir selon le genre.
Je propose d’examiner ces questions à partir des données recueillies lors de l’étude ethnographique que j’ai menée auprès d’hommes et de femmes hassidiques à Montréal et à New York depuis 2015. Cette communication nous permettra de réfléchir sur le rôle et l’impact de la normalisation et de la catégorisation de l’identité sexuelle en fonction des pratiques sexuelles, dans un environnement religieux orthodoxe. Cette conversation poursuivra la compréhension de l’identité sexuelle comme fluide et incarnée dans le discours politique et religieux sur le genre.
En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé). Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.
Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).
Références :
Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.
Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.
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