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Maria Taboza : Université Laval
Le film « L’Étreinte du serpent » (2015), du réalisateur colombien Ciro Guerra, raconte l’histoire de Karamakate, un chaman qui vit isolé au cœur de la forêt Amazonie. Étant le dernier survivant de sa tribu, il semble avoir oublié son histoire, ses rites et ses symboles. Mais la rencontre avec Evans, un ethnobotaniste à la recherche d’une plante magique, lui fait se rappeler de son histoire, en exposant les conflits et la violence de la colonisation de l’Amérique. Dans quelle mesure de telles tensions se révèlent-elles à travers les matérialités qui prennent forme dans le film? Des médias venant d’une culture plus lettrée et technologique – comme le cahier de voyage, le livre, la photographie, le tourne-disque, la carte imprimée – dévoreraient-ils les rituels liés à l’oralité et d’autres formes d’enregistrement et de transmission de la connaissance autochtone? La notion d’intermedialité, en pensant la différence et l’espace entre-deux, contribue à la discussion du rituel du cannibalisme d’un média à l’autre, d’une culture à l’autre. Dans cette communication, on interrogera deux aspects d’intermédialité. Le premier est si l’idée de cannibalisme des médias, tel que discuté par Marshall McLuhan, était toujours valable et permettait de comprendre l’effacement et la survivance de la mémoire autochtone dans le film. Le deuxième trait du cinéma lui-même comme rituel de réconciliation des contradictions de la médiation culturelle et technologique.
L’intermédialité peut référer autant à un phénomène qu’à une perspective d’analyse. Les phénomènes intermédiaux s’expriment en pratiques sociales, dont les pratiques artistiques et rituelles « hors place » (R. Grimes), c'est-à-dire, relevant de l’intermédialisation dans les domaines de la signification et de la communication. En tant que perspective, l’intermédialité désigne un « axe de pertinence » (Müller, Villeneuve, Marinello) qui considère les médias comme des processus marqués par des interactions constantes.
L’intermédialité est ainsi à la fois un objet à analyser, une dynamique des échanges sociaux et une approche (Éric Méchoulan). En tant qu’objet, elle concerne les relations entre les médias. Comme dynamique, elle permet l’évolution et la création de médias. En tant qu’approche, elle fait partie d’un système épistémologique qui met en question les sciences humaines en faisant ressortir l’importance de la perception, de l’expérience, de la technique.
Les rites, religieux ou profanes, peuvent être considérés comme des pratiques intermédiales. Ils ont recours à des médias variés, pouvant constituer des phénomènes intermédiaux et se situer au cœur d’un ou de plusieurs processus d’intermédialisation. Ce colloque accueillera des propositions de communication sur les rites sous l’angle de l’intermédialité ainsi que des contributions visant l’approfondissement des enjeux de l’intermédialité centrés sur la ritualité. Plus concrètement, on se confrontera aux questions suivantes : comment analyser un rite comme objet intermédial? Dans quelle mesure la ritualité peut-elle aider à mieux saisir les dynamiques de l’intermédialité? Comment rendre compte des relations entre les médias rituels et les autres médias? Quelle est la contribution spécifique d’une approche intermédiale à l’étude des rites? Quelle est l’importance des perspectives sur la ritualité pour l’intermédialité?
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