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Éric Constantin : Université de Sherbrooke
Aborder la construction identitaire pendant la formation initiale en ergothérapie avec une lunette normative, au détriment d’une perspective subjective, peut creuser un écart entre l’identité de l’étudiant et les aspects institutionnalisés de la pratique de ce métier de la relation. Écart pouvant affecter sa capacité à agir éthiquement, entraîner une perte de motivation ou générer de l’anxiété. Dans le but de mieux soutenir la construction identitaire des étudiants, le programme d’ergothérapie de l’Université de Sherbrooke réalise actuellement une démarche d’évaluation des besoins à cet égard. Quelques résultats préliminaires se dégagent de cette démarche. L’étudiant se trouverait dans un processus de socialisation secondaire, source possible de conflits identitaires. Pour gérer ces conflits, un accompagnement individuel ou des discussions en petit groupe, dans une atmosphère informelle et un climat de confiance, sont pertinents, tout comme porter intérêt à sa subjectivité chargée émotivement, prendre conscience de ses idéaux et valeurs, reconnaitre ses conceptions, sa quête de sens et valoriser son potentiel d’autodétermination. Certaines activités soutiendraient cette construction identitaire à travers la réflexion et les échanges, ex. stage, témoignage, situation avec enjeux éthiques. Bref, offrons un espace-temps pour soutenir la construction identitaire des étudiants dans un métier de la relation, futurs acteurs de la santé et du bien-être des collectivités humaines.
Ce colloque interdisciplinaire vise à partager des réflexions et des résultats issus de recherches à propos de la supervision dans les métiers de la relation (Doucet et Viviers, 2016), expression privilégiée ici pour désigner toute pratique d’accompagnement individuel et collectif. Compte tenu des transformations des pratiques et de la complexité des situations et des contextes dans lesquels œuvrent les praticiens et les stagiaires, il importe de s’interroger sur cette composante importante de la formation initiale et continue. Ce colloque constitue une occasion de réunir différents acteurs (étudiants, professionnels, professeurs, chercheurs) concernés par le sujet de la supervision.
Au cours des dernières décennies, plusieurs phénomènes ont contribué à transformer les contextes dans lesquels exercent les praticiens des métiers de la relation (Doucet et Viviers, 2016). À titre d’exemples, la prégnance des thèses associées au néolibéralisme et l’introduction de principes du secteur marchand dans bon nombre d’organisations qui les emploient (Bresson, Jetté et Bellot, 2013; Chauvière, 2010), l’implantation de politiques dites « d’activation », qui contribuent à orienter les pratiques vers une normalisation des conduites (Gonin et al., 2012; Namian, 2016), et une individualisation des problèmes sociaux pourtant dénoncée depuis plusieurs décennies (Seidman et Rappaport, 1986) posent d’important défis aux praticiens. Ils sont de plus incités à investir des espaces de collaboration avec d’autres acteurs qui ne se traduisent pas toujours par la reconnaissance des différentes expertises mises en présence.
En plus de bousculer les valeurs humanistes traditionnellement associées à leur travail (Bresson, 2015), ces phénomènes peuvent conduire certains praticiens à une perte de sens (Grenier, Bourque et St-Amour, 2016). Ils soulèvent également de nombreux défis pour la formation initiale et continue des praticiens. La supervision, en tant qu’espace interactif de réflexion et d’action entre une ou plusieurs personnes (Neufeldt, 1997; Goodyear, 2014), devient importante pour relever ces défis, que ce soit pour développer une conscience critique et un regard renouvelé sur les situations rencontrées (Healy, 2014), dégager des apprentissages et des marges de manœuvre pour agir dans des contextes contraignants (Chaubet et al., 2013), investir des espaces de travail en commun ou encore se décentrer des « prêt-à-penser » (Perrenoud, 2012).
Ce colloque est une invitation à réfléchir aux défis, aux enjeux et aux différentes perspectives de la supervision comme espace possible de renouvellement, de transformation des pratiques et d’émancipation.
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