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Rémi Quirion : Fonds de recherche du Québec
Sous l’influence croisée des neurosciences, de la biologie et du numérique, une nouvelle façon de faire de la recherche, aussi bien dans les sciences que dans les arts, émerge un peu partout dans le monde : la tendance est à la collaboration entre les disciplines, mais de façon plus intégrée qu’avant, chacune acceptant désormais le risque de se remettre en jeu, quitte à devoir se reconfigurer à cause de sa rencontre avec d’autres théories, d’autres méthodes, d’autres observations, d’autres objets, même.
Comment orienter cette tendance dans le sens d’une plus grande créativité, en multipliant les passerelles d’une discipline à l’autre, notamment par une attitude plus proactive en termes de gestion de la recherche ? Quels types de programmes de subventions imaginer ? Quels regroupements de chercheurs favoriser ?
Non seulement pour répondre aux défis que posent les divers problèmes auxquels les sociétés humaines sont confrontées, mais aussi, éventuellement pour déboucher sur l’inconnu, donner à la science et à l’art un second souffle ? Quitte peut-être à les conjuguer, comme cela commence déjà à se faire.
Ce colloque se propose d’explorer, sur divers plans, une nouvelle problématique de recherche : la recherche de rupture.
Les transformations de plus en plus profondes qui affectent aujourd’hui les sciences, les arts et les techniques appellent une reconfiguration des champs du savoir, mais aussi de l’action. Des façons différentes de faire de la recherche apparaissent sans cesse tandis que les disciplines traditionnelles se reconfigurent profondément ou se rapprochent d’autres disciplines, parfois voisines, parfois éloignées. Plus ouverte à la collaboration de la communauté et plus attentive à ses propres développements, comme le montre cette nouvelle pratique qu’est la métarecherche, la recherche découvre une nouvelle réflexivité l’amenant à revenir sur ses méthodes et ses concepts, et à s’ouvrir à des collaborations inattendues. La révolution numérique influe sur toutes les perceptions, toutes les conceptions : ne parle-t-on pas, à ce propos, de « numérimorphose »? Les neurosciences, par ailleurs, en donnant une base physiologique à certains percepts et même à certaines formes de pensée, développées à partir d’un objet spécifique, contribuent également à cette reconfiguration de la science à laquelle les Fonds de recherche du Québec (FRQ) entendent participer activement, en suscitant des réflexions diversifiées à ce sujet et surtout en proposant des moyens de profiter de ce grand bouleversement, attesté à l’échelle de la planète, pour susciter et encourager des recherches qui osent déplacer les frontières, les repousser, les traverser.
C’est à ce titre que les FRQ viennent de lancer le programme Audace voué à des projets à risque et à fort potentiel de retombées, mais dont les résultats ne sont pas nécessairement garantis.
Il s’agit, sinon de prévoir l’imprévisible ou de concevoir l’inconcevable, du moins de leur permettre d’advenir en leur ménageant les meilleures conditions d’apparition. En donnant au chercheur la liberté de pousser sa réflexion à sa limite, et même peut-être au-delà.
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