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Patrick Gabriel : Université de Bretagne-Occidentale
En sciences de gestion, la création de valeur représente un concept fondamental pour comprendre le processus d’échange économique (Vargo, Agglio et Akaka, 2008). Pourtant, en dépit de l’importance déclarée du concept de valeur, de l’ancienneté et du nombre de travaux, même récents, sur la valeur créée, le concept connait plusieurs limites : un manque de consensus se dégage dans la littérature sur ce que la valeur représente pour l’entreprise comme pour le consommateur (Lepak et al., 2007 ; Gummerus, 2013). Kuzgun et Asugman (2015) observent même une inflation de définitions et de conceptions de la valeur perçue et créée, au point d’une certaine confusion sur ce qu’est la valeur ; ce qui peut expliquer des divergences de vue sur la manière dont la valeur est créée au cours de l’échange (Gummerus, 2013 ; Grönroos, 2006). Ce manque de cohérence concernant la représentation de la valeur créée révèle parallèlement une évolution de la représentation de l’échange économique autant qu’une difficulté à le représenter, aussi bien dans les formes d’interaction sous-jacentes que dans les rôles des différents acteurs de l’échange.
De manière croissante, la consommation contemporaine s’effectue moins dans le cadre de la relation commerciale monétisée classique entre un acheteur et un marchand, et davantage au sein de configurations consommatoires nouvelles ou réinventées, dont la portée dépasse les cloisonnements historiques des frontières, des classes sociales, ou des cultures : marché de l’occasion, systèmes de troc, systèmes d’échanges locaux, économies de plateformes, consommation fondée sur l’accès libre ou gratuit. Si la consommation peut être définie comme une satisfaction des besoins, celle-ci se réalise également par le canal de la réparation, de la production (ex. : agriculture urbaine, potagers collectifs), ou encore de la réutilisation. Ces configurations ont pour effet de fragmenter les normes de la consommation et de bouleverser le cadre de la relation de consommation, avec des conséquences importantes notamment pour la raison d’être et l’activité des organisations, ainsi que pour l’emploi.
Paradoxalement, alors que les rapports d’échange (et donc, de création de valeur) dépassent le cadre de la consommation classique, les dispositifs de suivi de l’activité économique, ainsi que la majeure partie des travaux scientifiques et managériaux sur l’échange et la consommation, continuent à prendre l’entreprise, garante de la consommation traditionnelle, comme unité d’analyse. Pour comprendre les relations de consommation contemporaines, il apparaît donc nécessaire de déplacer l’objet d’analyse du plan de l’entreprise à celui du système de circulation de ressources ou de la chaîne de valeur, afin de prendre en compte la nature des relations entre les entreprises et les autres acteurs de l’économie, dont les organisations et associations, les autorités publiques et, surtout, les individus. En outre, c’est de plus en plus sur ce plan individuel que se développent les innovations en matière d’échange et de consommation.
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