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Jean Gardin : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Les régimes de visibilité et d’invisibilisation, du cacher et du montrer, sont particulièrement significatifs en matière de mort animale. Alors qu’il est fréquent de considérer l’abattage comme une ellipse entre l’animal et la viande, des pratiques comme le sacrifice ou la chasse se présentent à l’inverse comme des actes nécessitant de rendre la mort visible et attestable. Au statut différent de morts « bonnes à voir » ou « à cacher », s’ajoute aujourd’hui la question du traitement médiatique de la mort des animaux, dont les images possèdent un impact puissant, à l’instar notamment des vidéos des mouvements animalistes et des reportages télévisés. L’expérience de la mort animale n’est pas non plus sans affecter le chercheur, amené lui-même à interroger son propre rapport au fait de voir et montrer la mort animale. Au croisement de réflexions issues de nos propres pratiques scientifiques et d’exemples issus d’une production audiovisuelle, littéraire et artistique foisonnante sur ce thème, nous nous interrogerons sur les différents régimes d’images des morts animales et sur les rapports entre le visible et l’invisible, le montrable et le caché.
La mort ou la disparition des animaux soulève aujourd’hui des enjeux éthiques, juridiques, politiques, sanitaires, affectifs et économiques cruciaux. Conditions d’abattage des animaux d’élevage, dénonciation de la surpêche, introduction de la notion de sensibilité animale dans les textes juridiques, émotion suscitée par le « meurtre » d’un rhinocéros du zoo de Beauval en France afin de dérober sa corne… il ne se passe pas un jour sans que s’impose dans le débat public et les médias l’idée que nous serions confrontés à un véritable « problème animal ». L’une des raisons des sensibilités actuelles à la condition animale est certainement le caractère inédit et parfois irréversible des pressions que les sociétés contemporaines, industrialisées, urbanisées, globalisées et technicisées font peser sur le vivant. Ce colloque entend explorer la multiplicité et les transformations des morts animales dans les sociétés d’aujourd’hui. En partant de diverses catégories d’animaux (de rente, de ferme, d’assistance, de compagnie, de spectacle, d’expérimentation, de refuge, de zoo, sauvages, « nuisibles » ou « indésirables », etc.), il s’agira d’examiner la confrontation avec différents types et contextes de mort des animaux.
Ce colloque, qui réunira chercheurs et étudiants, a pour objectif de présenter les formes de la mort animale telles qu’envisagées et pratiquées dans divers contextes culturels, selon des imaginaires et traditions (religion et ritualité, pratiques économiques et écologiques, etc.) variés, parmi lesquels figurent la chasse ou le sacrifice (De Heusch, 1986; Cartry, 1987; Bonte et al., 1999; Givre, 2015). Il sera l’occasion d’aborder les diverses modalités de la « fin des bêtes » (Rémy, 2009) que sont l’euthanasie, l’abattage, l’expérimentation, l’élimination sanitaire, etc., ou encore l’ensemble des contextes sociaux (et historiques) des morts animales (guerres, combats, jeux, etc.), ainsi que les représentations, usages et conflits dont elles font fréquemment l’objet.
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