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Elisabeth Abergel : UQAM - Université du Québec à Montréal
Août 2013 voit l’arrivée du premier hamburger in vitro, un morceau de chair de 85g produit à partir de cellules musculaires cultivées en laboratoire, prélevées sur deux vaches encore vivantes. En faisant office de preuve de concept, ce tissu comestible contribue à la fabrication d’imaginaires concernant la possibilité d’une économie post-animale et d’un nouveau paradigme qui est celui de l’agriculture cellulaire: la production de protéines animales dans des bioréacteurs. Des avancées dans le domaine de la biomédecine promettent ainsi de rendre plus efficace la biofabrication de tissus vivants comestibles. La communication explorera les promesses que ces avancées technologiques révèlent, notamment dans le domaine de l’éthique animale, de l’environnement et de la santé. Nous explorerons les aspects performatifs du discours technoscientifique de l’agriculture cellulaire à partir d’une analyse médiatique sur la viande in vitro. Plus particulièrement, nous étudierons la production d’anticipations de courtes et de moyennes portées servant à susciter l’intérêt et le soutien des scientifiques, des politiques, des innovateurs culturels, des investisseurs ou encore des consommateurs. Ces promesses de transformation radicale de l’agriculture et de la viande brouillent les frontières entre «science-réelle» et «science-fiction» et se nourrissent de visions utopistes des technosciences.
Ce colloque s’intéresse aux techniques et aux sciences dans la mesure où elles jouent un rôle structurant dans les systèmes symboliques de l’Occident moderne. Sans négliger le fait que les mythes sont d’abord des ensembles de signes (Barthes, 1957) et de paroles (Detienne, 1981), il propose de considérer les mythologies comme des matrices (Bouchard, 2007) ou des systèmes de pensée (Vernant, 2004) profondément enracinés dans l’ensemble des structures sociales et culturelles : institutions, imaginaires, pratiques quotidiennes, formes de corporéité, etc. Or, une grande part des mythologies de la modernité prend appui sur un système technicien et un imaginaire scientifique de plus en plus puissants. Ellul affirmait, en 1973, que ceux-ci avaient pris le relais de la transcendance chrétienne dans la structuration du rapport au monde. D’autres auteurs (Mumford, 2010; Miquel et Ménard, 1988; Musso, 2017) se sont appliqués à montrer que les développements techniques ont systématiquement contribué à la structuration de systèmes symboliques singuliers, y compris au cœur du monde chrétien. La science, son langage et ses découvertes y participent également en offrant aujourd’hui un cadre interprétatif global, que l’on trouve dans les discours de vulgarisation scientifique (Stoczkowski, 1994) comme dans les œuvres de fiction (Chassay, 2013).
Sous les termes mythologies techniques et scientifiques, on cherche à interroger des types de rapport au monde tels qu’ils sont affectés par des objets, des savoirs et des pratiques associés au dispositif technoscientifique. Les communications présentées dans ce colloque s’intéressent aux transformations des conceptions de la vie, de la mort et du temps engendrées par les techniques et les sciences, aux imaginaires du vivant et du corps en relation avec les biotechniques, aux représentations des nouvelles technologies dans les productions culturelles, aux idéologies qui supportent les imaginaires scientifiques et techniques ainsi qu’aux diverses formes de sacralisation de la technique et de la science dans le monde contemporain.
Titre du colloque :