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Patricia Dionne : Université de Sherbrooke
Au Québec, malgré un contexte d’emploi favorable, des inégalités sont constatées dans les seuils d’insertion en emploi. Introduisant une responsabilité individuelle au regard du problème social du chômage de longue durée, les changements instaurés par le projet de loi 70 peuvent impliquer une contrainte à la participation à des services d’orientation. Or, selon une perspective de justice sociale, ceux-ci visent à favoriser à liberté de choisir et à créer les possibilités réelles de participer à la société (AIOSP, 2014). Devant ces demandes sociales parfois contradictoires et la complexité des besoins des populations qu’ils desservent l’intervention en orientation exige des c.o. un rapport conscient à soi, aux autres et au monde. Comme pratique prudentielle (Champy, 2011) à risque de préjudices si elle n’est pas pratiquée avec compétence, l’intervention des c.o. nécessite donc un rapport conscient aux actions menées. À partir d’une recherche menée auprès de groupes de personnes en chômages de longue durée, cette communication vise à mettre en évidence la manière dont au cours de l’activité, la médiation d’instruments conceptuels et des systèmes d’action liés à l’orientation (Dionne, Saussez et Bourdon, 2017) peuvent permettre aux personnes participantes le développement d’un rapport plus conscient à soi, aux autres et au monde. Suivant ces constats, nous discuterons des dispositifs pouvant être mis en œuvre au cours de la formation des c.o. pour favoriser ce développement.
La profession de conseiller d’orientation (co) évolue et se transforme au gré des changements sociaux, politiques, culturels, économiques et technologiques qui mettent en jeu tant les exigences de formation, l’orientation des pratiques que les conditions d’exercice des co pour répondre adéquatement aux besoins de la population (Herr, 2013; Martin, Turcotte et Matte, 2013; Mellouki et Beauchemin, 1995). La pluralité et la complexité contemporaines des problématiques auxquelles les co sont confrontés accentuent en effet la nécessité d’une formation initiale et continue exigeante et adaptée. Pensons aux difficultés d’insertion et d’intégration culturelles et socioprofessionnelles vécues par les personnes immigrées (Béji et Pellerin, 2010) ou en situation de minorité linguistique (Samson, Sovet, Cournoyer et Lauzier, 2016), celles des populations éloignées du marché du travail dont la précarité socioéconomique se double souvent de troubles de santé mentale (OCDE, 2015), ou encore aux défis d’orientation scolaire des élèves handicapés, ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage dont le nombre se multiplie dans les établissements d’enseignement (Picard, 2016). Une sensibilité grandissante s’est développée dans le champ de l’orientation pour les inégalités sociales et pour la prise en compte du poids des contraintes systémiques dans les parcours de vie des personnes (Sultana, 2014; Blustein, 2016; Le Bossé, 2011). Au Québec, le législateur a reconnu la complexité des activités d’orientation auprès des personnes vulnérabilisées et a réservé certaines d’entre elles aux co (Gouvernement du Québec, 2012). Toutefois, les pratiques des co sont continuellement confrontées et soumises à des logiques financières et comptables qui influent sur la disponibilité et la qualité des services (Viviers et Dionne, 2016). Ce colloque propose une période d’échange et de réflexion critique sur les enjeux et sur les défis actuels et pluriels de la formation et de la pratique chez les co.
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